Chapitre 4

Une douleur atroce. Un visage quasi démoniaque, presque inhumain. Une étrange torpeur précédée d’une paralysie totale. C’est tout ce dont je me souviens. Là maintenant je me sens bien, en fait, je ne me suis jamais sentie aussi bien. Une lumière blanche autour de moi. Je vole. Un tunnel blanc devant moi, j’y monte. Un bien-être fou s’empare de moi. J’atteins le sommet de ce tunnel. Et là, je vois les membres de ma famille, du moins ceux qui sont décédés. J’entends un « Bienvenue Kisara » général. . Mon grand-père est présent ; je le sers dans mes bras, il me chuchote à l’oreille un « pas encore ». Je virevolte tout de même entre des nuages. C’est merveilleux. Mais soudain je suis irrésistiblement attirée en arrière. Comme si je tombais, mais très violemment. Je reviens sur Terre.

C’est tout blanc partout. Ca fait mal aux yeux. De grands yeux verts me regardent avec attention. Je souris. C’est Mana. C’est une vraie amie, qui me soutient et m’a toujours soutenu en cas de problème ; je l’adore. Ceci étant dit je ne me sentais pas super bien là.

Je n’arrivais à bouger aucun de mes membres. Ca fait bizarre…Une douleur irradie mon dos, comment cela se fait-il ?

« Elle se réveille notre belle endormie ? » demanda une Mana qui se retourna pour regarder Joey avec un air de victoire.

« Ben quoi, je t’ai dit que t’était la seule à voir bouger ses paupières, normal que je ne t’ai pas crue ! » dit Joey d’un air vexé.

« J’ai dormi pendant combien de temps ? » questionna craintivement Kisara.

« Seulement un an » lui répondit Améthyste en riant sous cape.

« Quoi ! » s’affola la blonde.

« Tu te sens vraiment obligée de l’embêter maintenant ? » se fâcha Tristan.

« Tu dors depuis une journée environ » répondit sincèrement Joey.

Une infirmière arriva et les chassa de la chambre ; il ne fallait pas fatiguer la patiente.

« Dite, est-ce que je pourrai remarcher un jour ? » demanda la jeune femme en regardant droit dans les yeux la vieille infirmière bossue. Celle-ci ne respirait pas la sympathie ; mais elle avait l’air d’avoir de l’expérience. Elle fut étonnée d’une telle question ; cela faisait longtemps qu’on ne la lui avait plus posée d’une telle sorte, si bien qu’elle pensa même que ça ne lui était jamais arrivé. Une patiente qui se doute de son futur handicape ne courait pas les rues. Elle la fixa aussi. Elle n’allait pas y aller par quatre chemins ; elle avait d’autres chats

-aussi insolents soient-ils- à fouetter, et la façon dont cette fille avait posé la question laisser deviner sa force de caractère, elle était certaine que si elle pouvait poser une question pareille, elle devait se douter de la réponse.

« Non mademoiselle. Pensez à chercher un catalogue de fauteuils roulants »

La vieille dame fut satisfaite de son ton sec. Pour qui se prenait cette gamine ? Si elle n’avait pas cette beauté, cette jeunesse et cette fougue, sure qu’elle aurait fait moins la maligne, et se serait sentie moins supérieure. Pour qui se prenait-elle ? On ne lui avait jamais appris les bonnes manières peut-être ? La vieille partit en claquant la porte, laissant la jeune fille et son incompréhension face à tant d’antipathie. Elle lui avait seulement posé une simple question !

Elle regarda plus attentivement autour d’elle. Du moins comme elle le pouvait, ses pupilles étant les seules choses qu’elle pouvait encore bouger. La salle était assez petite, de couleur blanche où une table en inox était surmontée d’une nappe en papier blanc, où étaient posé un vase avec un somptueux bouquet de muguet, sa fleur préférée ; la fenêtre était grande ouverte ; laissant passer un léger filet d’air de début juillet. Elle avait beaucoup trop chaud dans le drap blanc qui la bordait.

Une table de nuit était à côté de son lit –en espèce d’aluminium-, et il y avait un paquet cadeau assez plat, assez pour contenir une carte. Kisa se demanda ce que cela pouvait être.

Seulement voilà, elle ne pouvait pas le prendre. Elle n’avait plus qu’à appeler une infirmière.

« Hééééé hoooooo ! Quelqu’un peut m’aider ! » Cria-t-elle. Une jeune fille entra en trombe dans sa chambre.

« Cachez-moi, je vous en prie, il va me trouver !» supplia une jeune fille aux cheveux châtains et aux yeux emplis de larmes.

« Allez sous le lit, le drap vous cachera. » lui dit la blonde.

La brune s’exécuta.

La porte s’ouvrit à toute volée, un homme aux longs cheveux roses apparut. Il semblait ivre et fou.

« Frau Aliiiice, je n’ai pas fait exprès de toucher tes seins, reviens ! » hurla-t-il.

« Vous cherchez quelqu’un peut-être ? » demanda le plus poliment possible Kisara.

« Je cherche une très belle femme, grande brune, à la forte poitrine » expliqua le gars qui ressemblait à une Barbie masculine.

Kisara fit tous les efforts du monde pour ne pas éclater de rire. Le plus sérieusement du monde, elle lui dit :

« Je ne l’ai pas vue, et d’ailleurs toutes vos précisions ne me sont pas utiles, si vous voyez ce que je veux dire »

Sous le lit, la brune pouffa.

« J’ai entendu quelque chose là-dessous » dit-il d’un ton que seuls les ivrognes avaient le talent d’avoir. Il se dirigea vers le bas du lit.

« A l’aide, Barbie veut me violer ! Que quelqu’un fasse sortir Barbie d’ici ! » Cria Kisara.

La grosse infirmière vieille et bossue arriva tout azimut en criant à qui voulait l’entendre que cette gamine était insupportable. Quand elle aperçut l’homme, elle le fit sortir en le prenant au bras. Celui-ci cria de douleur tellement elle serai fort son membre. Nul doute que ce petit (enfin, on se comprend) bout de femme avait une sacrée force. Elle referma toute aussi violemment la porte qu’elle ne l’avait fait auparavant. Pauvre porte, on l’avait maltraité cette journée.

Après s’être assurée que les deux étaient loin de la chambre, Alice sortit de sa cachette en s’esclaffant, d’un air de « bien joué » mêlé à de la reconnaissance.

« Merci, qu’est-ce que je peut faire pour vous ? » lui demanda-t-elle.

« Vous voyez-le paquet cadeau à côté de moi ? » questionna Kisa.

L’autre hocha de la tête.

«Vous pourriez enlever le papier et me montrer ce qu’il y a dedans ? » lui demanda-t-elle.

« Tout ce que vous voudrez ! » lui répondit-elle gentiment.

Elle ouvrit le paquet, et tout d’un coup, elle resta bouche bée.

« Quoi ? Quoi ? Quoi ? Montrez ! » Lui supplia l’handicapée.

Alice lui montra. C’était une carte bien familière. Mais là, Kisa ne s’attendait pas à la voir sous ses yeux avant un bon bout de temps.

« Vous vous rendez compte ! Un DRAGON BLANC AUX YEUX BLEUUUUUS ! » Cria la brune.

« Oui je ne suis pas sourde » s’exclama Kisara au bord d’un fou rire. Un réel soulagement. Elle pouvait la rendre à…

Soudain elle ressenti un grand vide dans son cœur. Son grand-père ; elle n’y avait pas pensé ; ce qu’elle pouvait être égoïste par moment !

Deux grosses larmes roulèrent sur sa joue.

La brune lui parla :

« Allons, faut pas pleurer ! Je comprends que vous soyez heureuse, mais de là à… »

Kisa lui coupa la parole :

« Non, je ne pleure pas de joie. C’est…C’est une longue histoire. »

« Attendez, il y a un mot avec ! » lui fit remarquer Alice.

« Un mot… » Répéta la blondinette. « Lisez-le pour moi s’il vous plaît »

« On se tutoie d’accord ? Bon alors…C’est assez surprenant ! Ecoutez ça :

C’est moi. Rétablis-toi vite, j’ai besoin de ma secrétaire. S’il le faut j’installerai ton lit dans mon bureau. Mais je te jure que tu travailleras pour moi. Signé KS.

Tu es la secrétaire de quelqu’un ? Parce que dans ce cas tu as un patron bien tyrannique. » Dit Alice.

« Je ne suis la secrétaire de personne » affirma Kisa.

Ainsi donc ce cher Kaiba s’est réveillé. J’aurai aimé en dire autant de mon grand-père.

Il a un sens de l’humour plutôt décalé pour penser qu’une personne handicapée puisse travailler à la Kaiba Corp. Il m’a rendu la carte, ainsi je suis obligée de faire quelque chose pour lui. Enfin, c’est sans compter sur mon corps.

Elle resta là, pensive, et ne remarqua même pas l’air interrogateur de sa copine.

« Alors, raconte ! » ajouta la fille aux cheveux châtains.

« Et bien, c’est une longue histoire ; pour commencer mon grand-père nous avait montré sa carte fétiche, le dragon blanc aux yeux bleus, l’autre jour. »

A sa pensée elle eut un nœud dans la gorge.

« Continue ! » s’exclama son amie.

« Kaiba a eu la bonne idée de se pointer dans le magasin de mon papy à cet instant précis. A la vue de la carte, il a commencé à être obsédé… » Elle fronça les sourcils. Il était obsédé aux deux sens du terme.

« …par cette carte, il voulait absolument se l’approprier. » continua la jeune femme.

« KAIBA ! TU CONNAIS KAIBA EN CHAIRE ET EN OS ? » Cria l’autre.

« Oui…un être cruel et pervers obnubilé par les choses rares et brillantes comme les pies voleuses. » ajouta la jeune fille dans un souffle.

« Je vois le genre, le petit PDG à sa maman qui pète plus haut que son cul. » pouffa Alice.

« Exactement. Il a proposé à mon grand-père de l’échanger contre toute sa collection de

cartes rares, en vain. »

« Ton grand-père a refusé ? Il est fou ? » S’exclama l’autre.

« Il N’ETAIT pas fou ! Il TENAIT à cette carte parce qu’elle avait une valeur sentimentale ! On croirait que tu réagis comme Kaiba ! » Sanglota-t-elle.

« Excuse-moi. Je ne savais pas. Continue…si tu veux. » S’empressa de dire la jeune brune.

« Il était vexé comme un pou. Le lendemain il a fait enlever mon papy…Il l’a provoqué en duel…Mon grand-père était si vieux qu…qu’il n’a pas survécu… »

C’était qu’un vieux, ne chiale pas pour ça…

Tais-toi ! C’était mon grand-père !

« Et alors j’ai provoqué ce monstre en duel, j’ai gagné, il m’avait promis de me rendre la carte si je travaillais pour lui….voilà. » continua-t-elle.

« Comment tu t’es fait ça alors ? » demanda Alice.

«Oh, ma paralysie ? Voyant que j’attirais Kaiba, sa petite amie m’a planté un couteau droit dans la moelle épinière. » Dit-elle machinalement.

La conversation laissa place à un lourd silence.

« Je suis désolée ; je crois que je vais m’en aller. Excuse-moi de t’avoir dérangée. Je te laisse mon numéro au cas ou, d’accord ? » Dit Alice d’un ton embarrassé.

« Effectivement, j’ai besoin de repos. Merci encore de m’avoir écoutée. Au revoir ! »

Environ trois quart d’heures après, la jeune femme s’endormit doucement. Elle fit un drôle de rêve ; une jeune femme qui lui ressemblait, à quelques différences près, lui parlait, mais elle ne comprenait rien de rien. Elle était trop absorbée par leur ressemblance, mise à part qu’elle avait les cheveux courts, brun clair tirant sur le blond foncé, avec les yeux bruns, alors qu’elle, dans son rêve, elle avait simplement les cheveux longs et blancs et les deux yeux bleus. C’est comme si on l’avait divisée en deux parties. Elle eu juste le temps d’entendre un « je vais te remettre sur pied » de la part de son autre elle-même, qui, soit dit en passant, avait bizarrement la même voix que celle qui lui parlait en son for intérieur, et elle se réveilla en sursautant.

La grosse infirmière venait de rentrer dans sa chambre pour prendre sa température. On était déjà le matin…

« Température ! » lui dit-elle de son éternel ton monocorde.

« Dites, vous m’avez opéré hier soir ? » questionna la jeune femme en regardant la vieille droit dans les yeux pour l’embêter.

« Nan » répondit-elle simplement.

« Vous vous fichez de moi ? » se fâcha Kisa.

« Nom de Die de Putai de borde de merd de salopri de connar d’encul de ta mèr » cria l’infirmière

Kisara éclata de rire. Elle pouffa :

« Alors comment ça se fait que je bouge mes orteils ? »

Elle sortit de son lit, coura, dansa avec l’infirmière qui la rejeta naturellement, elle enfila sa petite robe noire, ses longues bottes blanches, longs gants blancs coupés aux doigts et ses anneaux aux oreilles après avoir enlevé sa chemise blanche sous les yeux ébahis de la vieille femme, et sortit en embrassant sa carte.

« J’arrive à marcher, à courir, mais je vole vers vous, mes amis ! » cria-t-elle heureuse, avant de courir pour rejoindre le café le plus proche, sorte de QG de ses amis, sure de les y retrouver.