Divagations

 

J'ai toujours été bloqué par mon passé. Trop de marques qui me le rappellent, trop de couleurs qui se sont évaporées, trop d'évènements et de blessures profondes qui saignent encore et qui sans doute ne disparaitront jamais. Plus je me regarde dans ce miroir, plus ma laideur me saute aux yeux. Plus je masque mon corps, plus je l'entretiens, moins j'aime ce qu'il y a à l'intérieur. Une jolie boîte contenant des serpents. Je me vois brisé en morceaux, et je saigne, toujours, inlassablement. Ca fait mal mais je dois garder ce sourire. Je suis pourtant si fatigué d'être fort. Si fatigué d'être cette perfection que l'on a commandé à la naissance. En moi, coule le sang d'un tueur et d'une brebis. Dans mes veines, il est écrit que je dois conquérir sans jamais me reposer. C'est dur pour mes épaules et jamais je ne m'arrêterais. J'ai été élevé pour ça et c'est comme ça que je vivrais. C'est ce que je pensais au début. Depuis quelques temps ces certitudes sont remises en question. On m'a dit "Je tiens à toi et je ne veux pas que tu partes", on m'a dit "Je me fous de ton passé, maintenant tu ne dois penser qu'à ton présent et ton futur. Avec moi". Lui m'a forcé à garder la tête basse, lui m'a forcé à être dépendant, lui m'a obligé à me taire. Lui, il a tout fait pour briser cette forteresse que ce sang m'imposait. Il m'a obligé à me reposer sur ses épaules en soumettant mon corps. Inlassablement, il a brisé chacune des pierres que j'avais forgé autour de mon âme. Il a pénétré ma noirceur avec la force brute. Il a vu ma laideur abominable et il m'a gardé près de lui. A force, ma forteresse ébréchée s'est lentement désagrégée et je lui ai dit que j'avais tué ma mère. Que mon oncle m'élevait à coups de ceinture. Que je couchais avec mon cousin. Qu'on m'avait violé. Que j'avais désespérément besoin de lui. Oh, mais non, ça, je ne lui ai pas encore dit.

J'ai trouvé la paix avec un être instable et violent. j'ai découvert un équilibre, une complémentarité avec quelqu'un d'égoïste et de possessif. Je dois l'admettre... je suis amoureux de lui. Et complètement fou, accessoirement.

 

Mais ceci est un secret...

 

Kaerizaki