Dlire Psychopathe |
Il y avait dans lĠair comme une petite musique, fredonne lgrement et berce uniquement par le son rythmique des aiguilles dĠune horloge. Le temps qui passe. Et le silence comme compagnon. Certaines personnes aiment le silence. Elles apprcient cette douce solitude qui les met au pied du mur, leur ouvrant les portes dĠune ralit quĠeux seuls sont en mesure de percevoir. Certains tres humains sont accompagns jusquĠ leur mort par une mlancolie dont lĠorigine est inconnue. Des accs de larmes les prennent soudain lorsquĠelles voient un tableau ou un paysage, mme si elles cĠest la premire fois. Dans ce salon bord dĠune baie vitre nimbe de lumire, flnait un jeune homme dĠune vingtaine dĠannes compltement seul. Possd par ses penses et cette troublante mlancolie. Il regrettait peut-tre des choses quĠil ne semblait jamais avoir connues. Ses longs doigts caressaient les meubles en bois sombre, son visage fin lgrement pench et de ses lvres fines glissait cette mlodie inconnue. Une transe qui sĠaccrochait lui depuis des annes. Pourtant, il ne paraissait pas triste plus que les autres habitants de cette ville. Il vivait dans un manoir, une antique btisse perdue au milieu des buildings modernes, il ne souffrait ni de faim, ni dĠamour. Oui, il pouvait lĠavouer, parfois ses parents lui manquaient. Sa mre – si douce – quĠil perdit lĠge de 16 ans. Et son pre, jamais rencontr mais dont le souvenir le poursuivait plus tangible que tout le reste, grce aux rcits sans fin de sa tendre mre. Il aimait les belles choses. Surtout les tragdies. Et il ressemblait beaucoup de personnes, sans tre totalement fondu dans la masse. Il tait banal. Des cheveux raides, noir corbeau, mi-long qui couraient jusquĠau bas de sa nuque. Des yeux en amande aussi verts que les serpents ou les meraudes, brlants de curiosit, emprunts dĠune lueur malsaine. Et ce sourire ternellement arrogant et suprieur, ce dtachement poli dĠun haussement de sourcil qui le rendait hors de porte du commun des mortels, inatteignable mais admirable. Son nom mme semblait tout droit sorti de quelques rcits fantastiques et sa signification obscure sĠinterprtait de bien des faons : Kaerizaki. Renaissance. LĠasiatique au teint ple termina sa ronde discrte avant de se laisser sombrer dans un fauteuil, allumant la tlvision. Le son qui en sorti, quelque publicit bruyante et trop colore pour lui, tailla une grimace sur son visage de marbre. Et le silence retomba.
Nous sommes au mois de mai et les cerisiers sont en fleur.
Un bref tremblement secoua le corps du garon. Il serra les dents et se releva en entendant lĠtage le bruit de lĠeau dĠune douche. Kae sorti du salon et ses pieds nus crasrent les lattes du parquet brillant et visqueux du corridor. La lueur rouge dĠun soleil mourant fit briller la flaque poisseuse qui sĠinsinuait entre ses orteils. Il leva les yeux vers les escaliers qui montaient lĠtage alors quĠun soupir ennuy franchissait la barrire hautaine de ses lvres. Son corps se mis en mouvement, montant les marches englues une par une. Encore du nettoyage en perspective. Il enjamba lĠobstacle tal au milieu des marches, lui adressant un coup dĠoeil agac. Le corps lui rendit son regard, moinsÉ intensment. Un sourire de Kae, suivit par un haussement dĠpaules. Quelle drle de posture. Cheveux en bataille qui couvraient la moiti dĠun crne explos, son Ç invit È tait adoss au mur, pli de manire peu conventionnelle. Il avait tout lĠair dĠune poupe dsarticule. Quel misrable pantin. Un bras pli lĠenvers semblait chercher une issue, tendu – si lĠon pouvait qualifier son angle dĠouverture comme tel – vers la porte dĠentre. Et cette magnifique giclure vermeille qui avait repeint la tapisserie. La bouche ouverte et qui montrait un o dform par la rage bavait rouge. Le corps ple commenait se gonfler, des tches bleues apparaissaient, sa peau – Kae toucha du bout de lĠongle la joue – se fit cireuse. Brusquement, lorsque son pied se posa sur une nouvelle marche, il sentit sous le talon quelque chose de mou. Un frisson lui secoua lĠchine lorsquĠun bout de cervelle se dcolla de son pied. Pris de fou rire, il sĠaccrocha la barrire. Il avait lĠair moins fort, ce sinistre bonhomme. Et surtout, il tait bien moins beau. Arriv lĠtage, il sema ses empruntes carlates, admirant les effets du soleil sur le sang sch. Et jusquĠ ce quĠil atteigne enfin la porte de la salle de bain, aucun autre son ne sorti de sa bouche que celle dĠun jingle publicitaire. Kaerizaki se faufila dans la pice, jeta un coup dĠÏil au miroir qui surplombait le lavabo de marbre, puis sur la cabine de douche. Sa langue caressa ses lvres en observant la silhouette qui se lavait. Le ros qui coulait de son corps et sĠengouffrait dans la tuyauterie des gouts. LĠasiatique fit glisser la porte et sĠinfiltra sous lĠeau chaude, enlaant le corps dĠun homme dĠune tte plus haut que lui. Le brun lui mordit lĠomoplate, admira les cheveux aussi rouges que le sang sur son pallier. - Yukito? - Mh? - Je vais passer du temps faire le mnage aprs. Tu veux pas me donner un coup de main? Le rouquin se tourna, jaugeant la requte du gamin. Ses yeux clairs, entre le bleu glace et le gris, le scrutrent silencieusement. Il se pencha sa hauteur. Sa main se referma sur le crne noir de Kae, le tirant contre lui avant de lĠembrasser. - Il commence sentir, protesta le plus jeune. - Dpche-toi de tĠen dbarrasser alors. Kaerizaki obtint sa rponse. Comme toujours, il devra Ç jouer È tout seul, avec leur invit. - TĠes chiantÉ murmura-t-il avant de ressortir. - TĠen fous partout aussi. Assume. - Je sais que tu bandes quand tu me vois le dcouper. Je commence par quoi dj ? Le tronc ? Et je scie les bras, puis les jambes. Et la tte. Mais tu lĠas abme, Yukito. - Ta gueuleÉ |