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C'est mieux que des mots |
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Peu à peu, il revenait à lui, doucement, il sortait des ténèbres, son cerveau prenant conscience du monde qui l’entourait. Sur sa peau, contre sa joue, une délicieuse chaleur le réchauffait et ses pupilles percevaient la couleur orangée, mêlée de blanc de la lumière matinale. Tout partait de là, juste de cette réalité, de cette sensation. Et son corps reprenait ses droits, montrant à son cerveau qu’il y avait plus important. Une vive douleur lui brûlait les reins et chaque muscle s’enflamma lorsque le jeune homme esquissa un mouvement simple : celui de tendre le bras pour regarder l’heure. Il ne voulait pas bouger les jambes, qu’il sentait collantes. Un léger soupir, un frisson léger et cet état d’ébriété saine des nuits enragées de sexe furieux. Onze heure et quart. Lourdement, il laissa sombrer son visage dans le coussin, trouvant ses membres trop encombrants à déplacer. Les souvenirs de la veille effleurèrent sa mémoire encore euthanasiée. Un petit sourire en coin, les yeux fermés et sa main se posant contre son front, il se demanda comment lui, avec un sens de l’honneur si poussé, il avait pu faire une chose pareille… Il ne verrait plus jamais Noël de la même façon… Voilà, tout était limpide à présent. Il se souvenait de tout, et plus particulièrement des sensations … Il pouvait revivre cet épisode…
C’était insupportable. Vraiment inhumain. Ce bruit semblait résonner dans tout le manoir. Il devait se taire. Il n’aurait jamais imaginé qu’un cœur pouvait tambouriner autant contre des côtes. Il cognait douloureusement, pressant les poumons, serrant sa gorge. Il prit une grande inspiration mais cela ne suffisait pas. Il était totalement crispé, rouge de visage, les sueurs froides le faisaient trembler. Et nom d’un chien, il détestait ne pas maîtriser son corps ! C’était à cause de ça. En face de lui, il y avait le miroir de son armoire. Son reflet lui était renvoyé avec une exactitude effrayante. Il montrait un jeune homme appuyé contre une porte, les bras le long du corps, mains plaquées contre le bois dur. Et un visage rougit par la honte, encadré par une cascade de cheveux noirs de jais, raides et brillants. Et voir ce faible personnage le remplissait de… de quoi ? Rassemblant le peu de courage qui lui restait, il se décida à sortir de sa chambre.
Le soir tombait gentiment sur la ville. Les lumières multicolores scintillaient de toute leur puissance, comme si les étoiles mêmes s’étaient rendues sur terre pour cette période magique. Noël. Une fête importante dans le monde, pour certains il est temps de se réunir en famille, d’autres de vivre cette fête avec la personne que l’on aime, ou simplement une excuse pour demander pardon et revoir de vieux amis. L’animation cette nuit semblait résonner d’une mélodie particulière. On ne pouvait être indifférent à tout ce qui était exhibé. On ne pouvait détourner les yeux devant ces milliers de lumières recouvrant les murs et les fenêtres, toutes ces décorations sur les arbres, tout ce rouge… Et là, un peu isolé, un manoir. Juste là, entre les bâtiments imposants et modernes, une touche d’authenticité, revêtant une âme vieille et sage, imposante et sombre et seules quelques pièces étaient illuminées, dont le salon. A l’intérieur, un grand sapin. Majestueux, c’est le mot. Flamboyant. A l’image du propriétaire, il portait les plus belles parures que l’on puisse trouver sur le marché. Guirlandes, boules faites à la main, lumières blanches, sucreries… le feu dans la cheminée… un décor digne des films américains. Et là, assis sur un fauteuil imposant, un jeune homme. Les cheveux aussi rouges que le feu crépitant dans l’âtre, des yeux d’un bleu sombre, féroces, scrutant les autres pièces. Il s’était habillé pour l’occasion, expressément sur la demande du gamin propriétaire de ce lieu exagérément luxueux. Un costar. Sombre. Une chemise aux teintes rouges, la cravate rayée qui va avec. Il tapotait nerveusement sur ses cuisses, se demandant s’il devait se lever et punir son hôte de l’attente qu’il lui imposait. Mais alors que le démon aux cheveux rouges esquissait un mouvement pour se lever, l’objet de ses attentes pointa le bout de son nez. Et il faut l’avouer, il resta vraiment hébété. Devant lui, près de la porte, juste à l’entrée du salon… Non, il devait mal voir. C’était improbable. Non, vraiment, là c’était irréaliste. Déjà de un, le Kae qu’il connaissait ne… et puis après ça… Et les idées s’embrouillaient dans sa tête. Et un sourire amusé naquit, prenant place sur ses lèvres fines, assassines. Ouh. Le visage pâle du brun était empourpré, d’un rouge vif, il fixait le sol avec une conviction propre à la gêne intense. Le Kaerizaki qu’il connaissait n’aurait jamais eu cette expression là. Lui qui d’habitude incarnait l’arrogance énervante, lui qui regardait le monde de façon hautaine et détachée… Et il le trouva irrésistiblement craquant. Mais le plus incroyable, c’était sa tenue ! Il avait revêtu une robe de … soubrette. Oui, porte-jarretelle, collants blancs, jupe noire, dentelles, tout l’assortiment. Et il avait honte d’apparaître de la sorte devant lui. Il semblait si faible, si… excitant. Un sourire supérieur prit place sur le visage dur du roux et d’un geste de la main, il lui fit signe d’avancer. Allait-il obéir ce soir ? Comme prévu, le brun bredouilla des menaces pour sauver le peu de fierté qui lui restait. « Ne prends pas l’habitude, c’est parce que c’est Noël… » Et toute la conviction du monde débordait de sa voix – autant dire aucune. Le brun s’avança, sa silhouette fine mise en mouvement ressemblait étrangement à une poupée. Et doucement, entrant dans son rôle, il s’inclina poliment, mettant en scène tout ce qu’on lui avait appris. Il n’ouvrit pas la bouche lorsqu’il lui envoyait ses remarques assassines, ni suite à ses gestes déplacés, ce qui était un miracle en soi – le miracle de Noël. Et même le repas était au-delà de toute imagination. Il allait être gâté cette année. L’heure du dessert arriva enfin. Bizarrement, il s’y attendait un peu à ce qui allait suivre. Le roux lâcha un soupir, ce sourire mauvais dont il avait le secret prenait place lentement sur ses lèvres. Les jambes écartées, une poupée entre ses cuisses et la chaleur qui monte, monte, comme sa propre érection. Le roux est vautré sur le fauteuil, une main dans les cheveux noirs de son compagnon, lui imposant le mouvement qui lui donne tant de plaisir. Ses lèvres le pincent, sa langue joue sur son gland, embrasse son sexe, le lèche sans retenue et c’est insupportable. Jusqu’à ce qu’il décide enfin de l’englober totalement. Il le regarde faire. Les yeux émeraude clos, concentré sur son travail, obéissant sagement, soumis complètement. Il commence un mouvement de va-et-vient, les joues rosies, les mains posées sur ses bourses, les flattant avec la même passion que sa bouche aspire le liquide qui déborde. Yukito soude ses lèvres, ne voulant pas lui donner la satisfaction du travail bien fait. La respiration s’accélère et les secondes passent. Plus vite, il doit aller plus vite. Cette lenteur est immonde. Après quelques minutes, le brun se retire, un filet blanchâtre au coin des lèvres qu’il recueille avec sa langue. Un sourire, sûr de lui, confiant, il se lève. Des mèches noires dansent sur ses joues, il semble plus que décidé à lui faire plaisir. Lentement, ses mains gantées attrapent le bas de sa jupe et il remonte, dévoilant ses cuisses. Il joue, joue, encore et toujours, mais cette fois il n’a pas envie de le massacrer à coups de poing. La silhouette tourne sur elle-même, comme une jeune fille, il se déshabille doucement, timide. Le tablier tombe. Ses yeux émeraude coulent sur le visage impatient de Yukito. Les longs gants glissent sur le sol. Ses bras se plient pour atteindre la fermeture éclaire dans son dos. Et la patience a des limites. Le roux se lève et l’attrape par les cheveux, lançant un « T’es trop lent. » sec et désagréable. Il le plie en deux, ôtant d’un geste brutal ses sous-vêtements. Kae relève les yeux, les lèvres entre-ouvertes, se baisse à quatre pattes, plaquant ses fesses contre ses jambes. Un sourire satisfait sur le visage pâle de Yuki et sans plus de cérémonies, il le pénètre. Un cri douloureux, mais comme c’est Noël, il lui laisse le temps de s’habituer. Et la danse commence. Le roux cogne contre ses fesses, plus fort, toujours plus vite, plus profond. Et son amant, la tête relevée, ne cache pas son plaisir. Et toute la nuit, sans qu’il ne lui laisse la moindre trêve, jusqu’au matin…
Et Kae rougit violemment. Pourquoi avoir une telle réaction maintenant ? Il ne se comprenait plus. Avec ce grand malade, il était pire qu’une adolescente. Prenant son courage à bras le corps, Kae se redressa. Derrière ses lèvres étirées dans un sourire débordant d’arrogance, derrière ses yeux mi-clos remplis de confiance en soi, il regardait, dans la lumière pâle du matin. Il possédait un visage aux traits faiblement androgynes, une peau pâle sans être cadavérique, des lèvres rosées fines et bien dessinées. Ses yeux subtilement allongés, mélange entre ceux en amande des asiatiques et ceux grands et expressifs des européens, projetaient toute une palette d’expressions parfaitement maîtrisées, tels des masques d’un acteur de théâtre très bien entraîné. Et cette couleur : un vert puissant, digne des plus belles pierres, synchronisé avec les émeraudes les plus pures. Pour mettre en évidence son visage clair, celui-ci était encadré de cheveux d’un noir puissant, corbeau, lui tombant par mèches irrégulières sur le front, descendant sur les joues, tombant sur sa nuque. C’était un métis, moitié japonais, moitié italien. Il avait hérité toutes les qualités de beauté possible et imaginable et il le savait. Il s’en servait d’ailleurs à merveille. Assis sur le matelas, les jambes relevées contre son torse, Kae laissait lentement son index parcourir les courbes, les muscles, les frissons du torse appartenant au jeune homme endormi à ses côtés. Sa joue enfoncée dans la paume de sa main aux doigts fins, il observait le sommeil de son compagnon, amusé. Couché entre les plis des draps satinés d’un rouge sang, en silence, son index avait atteint le nombril de l’homme ayant pris possession des lieux. Une brève secousse, mais il semblait que ce ne soit pas encore le moment du réveil. Il poussa un léger soupir, voyant que les paupières demeuraient inconditionnellement clauses. Sa peau blanche dévoilait de longues striées argentées, rosées, couvrant son torse, son dos. Certaines récentes, d’autres plus anciennes, elles zébraient le corps du brun sans aucune pitié. Personne ne savait d’où elles venaient, qui les lui avaient faites. Personne ne s’en souciait. Ses sourcils se froncèrent. De toute évidence, le jeune homme paraissait agacé par la grasse matinée de son squatteur. Il laissa couler ses yeux vers la salle de bain. Son corps endolori montrait des traces de morsures, ses poignets abordaient des traces violettes. Il tiqua, sentant que la semence encore emprisonnée entre ses fesses avait décidé de se libérer. L’homme dormant paisiblement dans son lit avait une beauté tout autre que la sienne. Plus sauvage : des cheveux rouge sang, vraisemblablement teintés, assez courts, qui parsemaient le coussin moelleux dans lequel son visage était enfoui. Ce dernier avait une résonnance dure mais qui en ce moment paraissait docile et presque gentil. Un corps musclé et bien plus puissant que celui de Kae, il semblait aussi être plus vieux de quelques années. Le jeune homme aux yeux verts leva les yeux, les laissant traverser la pièce. Le lit se trouvait accosté dans un coin de la pièce, mur au sommier et sur le côté droit, là où il dormait. Tout semblait réfléchit pour qu’il se rende compte qu’il était prisonnier. D’un geste lent, Kae passa sa main dans ses cheveux, s’observant dans le miroir. Ses pupilles se teintèrent de tristesse. Il remit doucement ses mèches à leur place et fixa ses yeux. Les marques qui les rendaient éternellement fatigués et arrogants ressortaient plus que d’habitude. Un faible grognement le sorti de ses pensées, et presque craintif, il tourna la tête vers la forme qui bougeait à ses côtés. Yukito semblait surgir de ses rêves. Une brûlure lui serra le cœur lorsqu’il vit ces yeux bleus. Parce que cette relation durait depuis quelques mois… parce que cela n’avait rien de sain, bien au contraire. Parce que quoi, il ne pouvait penser que cet homme était être sérieux. Et Kae ne ressentait rien pour lui, mis à part une reconnaissance malsaine pour les punitions à répétition qu’il lui infligeait. Mais alors pourquoi cet homme lui procurait-il une telle paix ?
- Yukito ! Bonjour !
D’un geste brusque, la main du démon affaira l’épaule du brun, le tirant vers lui. Les doigts de sa main libre s’enfoncèrent dans les cheveux noirs, se refermant avec violence pour lui tirer la tête en arrière. Comment pouvait-il hurler de la sorte dès le réveil ! Sans douceur aucune, il l’embrassa, violant littéralement sa bouche. Il allait lui apprendre le respect et la politesse. Il semblait savoir que Kae ne résisterait pas. Leur différence corporelle était trop grande, c’était une évidence. Et justement, il ne bougeait pas. Il le fixait de ces yeux verts, méprisants comme toujours. Et Kae su pourquoi il ne pouvait plus se passer de cet homme : avec lui, il ne réfléchissait plus. Le plantant contre le matelas, Yukito arracha un gémissement douloureux au garçon. Lentement, un sourire cruel naquît sur les lèvres du rouquin, visiblement satisfait. Kae semblait bien docile, il se laissait faire sans chercher à résister, sans doute à cause des expériences malheureuses qu’il avait subit ces derniers mois. Yuki releva le bassin du brun, lui écartant les jambes. Il avait une vue imprenable sur ses fesses fermes et sur le sexe pendant entre ses jambes, pas encore assez excité. Le brun avait enfouit son visage dans le coussin, serrant les poings sur le tissu comme s’il se préparait mentalement pour la suite. Un nouveau sourire, mauvais. Il avait fallu un certain temps, mais Yukito l’avait soumis, dominé, il avait dressé cette bête sauvage et maintenant, il en faisait ce qu’il voulait. Le rouquin posa ses mains sur les cuisses de Kae remontant doucement, passant son pouce sur l’anus offert à lui. Ses doigts d’amusaient de cette peau et il semblait réfléchir. L’autre main glissa à l’intérieure des cuisses, saisissant le membre. Il vit le corps du brun se raidir instantanément. Yuki entendit un nouveau gémissement lorsqu’il griffa la totalité de son dos. D’habitude il ne se plaignait pas tout de suite, mais sûrement à cause des coups de la nuit qu’ils venaient de passer, son corps était plus sensible. C’était sa façon à lui de communiquer. Etrange peut-être, mais la tendresse ou les mots pour s’exprimer correctement ne lui venaient pas. Un manque cruel de confiance envers les gens. Il se permettait de montrer la partie la plus horrible de sa personnalité, et si, par miracle, la victime restait à ses côtés, peut-être qu’elle aurait le privilège de l’amadouer. Et combien de choses il lui avait fait subir, à ce fils de riche. Il ne pensait pas trouver quelqu’un d’aussi résistant, surtout dans ce milieu. Pourtant… Le garçon au regard provocateur l’attendait toujours, fidèle, le soir après le boulot. Il lui souriait discrètement, il le provoquait… Ce gamin voulait subir tout ça. Mais pourquoi ? D’une certaine manière, Kae l’avait envoûté. C’est pour cela qu’ils vivaient ensemble à présent Yuki se leva lentement, sourire sadique collé sur le visage. Il frotta son bassin contre les fesses de Kae. La situation l’excitait aussi. Putain et pas qu’un peu. D’un geste violent, il pénétra le brun. Un cri, bref, de sa part, et Yukito, content de l’effet produit, entama son intimité d’un coup puissant de reins. Il vit son amant crisper ses poings sur les draps de soie, mordant le coussin pour ne pas lui donner une autre satisfaction : mauvaise technique, car il amorça des mouvements profonds, brusques et rapides, labourant l’anus du brun sans aucune douceur. Il augmenta encore la vitesse, adorant l’expression de Kae : concentré sur cette douleur qui devait lui arracher l’intérieure, comme un feu, une brûlure mordante. Le démon voulait voir des larmes et entendre des cris. Les mains solidement soudées sur le bassin, il changeait la cadence à chaque fois que le brun semblait s’habituer. Jusqu’au moment où, ne tenant plus, les gémissements et les grognements débordèrent des lèvres de l’esclave. Un échange cruel, où la douleur intense se mutait en plaisir violent pour eux deux. Ils étaient compatibles, « complémentaires » comme avait dit Yukito. Lui il aimait faire du mal et Kae aimait subir, ressentir la douleur. Jamais il n’allait l’avouer, mais Yuki avait craqué en premier. Il aimait ce gamin à la con, sa voix, ce corps tellement malmené, ses mouvements et ses mimiques provocatrices, et il ne supportait pas cette menace que représentait le passé contre lequel il ne pouvait rivaliser, ce passé qui l’avait corrompu, ce passé qui empêchait aussi Kae de vivre et qu’il ne connaissait pas. Le démon aux cheveux rouges jouit enfin, ne se préoccupant pas de son amant. Mais plus il lui faisait mal, plus il aimait et ses gémissements lui confirmèrent que lui aussi s’était libéré. Tombant à ses côtés, il lui envoya une claque sonore dans le bas du dos, un sourire méchant aux lèvres, observant en silence le visage fermé du brun et sa chute contre le matelas. Oui, il devait se l’avouer à lui-même, il allait enchaîner ce gosse et ce, indépendamment de son avis. Pour finir, de sa voix grave et menaçante, il lança :
- Bonjour, mon chéri. Il eut juste droit à un grognement étouffé, suivit d’un mouvement rotatoire. Le jeune homme se tourna face à lui, les yeux fermés. La respiration saccadée peinait à se faire maîtriser et péniblement, il se fourra dans ses bras. La joue plaquée contre sa poitrine, collant de sueur, il donnait l’impression de savourer les restes de son dernier orgasme. Un truc de fous, il cherchait toujours un câlin, sa chaleur, après ces actes de barbarie. Ce qui le rendait mignon à ses yeux, en plus des marques striant ce corps menu. Il frotta son nez dans son cou, sans un mot.
- Pour dormir, au réveil… c’est pire que les cigarettes, murmura-t-il faiblement. - Ne fais pas de comparaison avec ton ex, pauvre con. - Mh. Il prit sur lui pour ne pas lui envoyer son point à la figure. La main pâle du brun se posa sur son poignet, jouant avec la chaîne de la gourmette qu’il lui avait offerte. Un léger sourire prit place au coin de ses lèvres arrogantes et le gamin se tourna encore, se retrouvant dos au matelas, les mains levées dans les airs. Ce sourire voulait tout dire. Il le faisait à chaque fois, le geste, puis l’expression de soulagement lorsqu’il trouvait l’objet à son poignet. Une sorte de rituel. Une interprétation lui venait à l’esprit. Il avait accepté ses chaînes, Kae l’avait possédé aussi, à sa façon. Mine de rien, ce gosse était maladivement terrorisé de se retrouver seul et possessif. Cette fausse assurance ne valait rien quand on le connaissait. Et lui, il pouvait se vanter de le connaître. Yukito, avec ses manières de brute épaisse, avec sa douceur de camionneur, avait pénétré plus que son corps. Son âme aussi. Kaerizaki lui appartenait totalement, indéniablement. Il fallait juste le lui répéter souvent.
- Combien de fois je te prends par jour ? demanda le roux, plus pour lui qu’autre chose. - J’ai arrêté de compter, ricana le brun. Après avoir dessiné des formes abstraites dans le vide, il s’immergea sous les couettes. Il le sentit descendre, il sentit sa langue parcourir ses muscles, courir sur son ventre. Et sa voix s’éleva d’entre les plis des couvertures.
- Ta queue est encore dure. On peut exploiter ! - Tu vas plus pouvoir bouger si je te baise encore, Kae. Mais le chien ne prit pas en compte sa mise en garde. Ainsi se déroula le week-end de noël. Une suite incessante de douleur, de coucherie. A défaut de pouvoir le lui dire correctement, il allait le lui faire sentir. Il ignorerait ses plaintes absurdes du type « Oh putain, c’est toujours toi qui me prend, change de disque ! ». A sa façon, il fera en sorte qu’il oublie ce passé, qu’il oublie tout le reste, qu’il se consacre à lui et à lui seul. Car Yukito est une personne profondément égoïste. Egoïste et possessive. S’il pouvait l’empêcher de sortir, l’enchaîner, il le ferait.
Comme chaque matin, le réveil le tira de son sommeil. Un son strident et ravageur qui le fit sursauter. Il émit un grognement et fourra sa tête sous le coussin pendant que son compagnon se soulevait lentement. Comme tous les matins, les ombres du sommeil s’évanouissaient, la fatigue du corps reprenait le dessus, le berçant tranquillement. Il pensait qu’il avait de la chance, lui pouvait rester au lit et somnoler toute la matinée alors que son amant devait partir travailler. Et sans lui, il pouvait se laver sans craintes aussi. Une main vint le sortir de ses pensées, s’enfonçant dans ses cheveux. Les doigts se refermèrent sur les mèches noires et il se retrouva le visage soulevé. Ses yeux émeraude coulèrent sur le corps assis sur le rebord du matelas, l’avalant en silence. Aujourd’hui, il devait sortir aussi, et c’est pour cela que Yukito ne le laissa pas ressombrer dans les bras de Morphée. Comme Kae ne semblait pas vouloir se lever, la main du roux s’abattit sur sa joue, lui arrachant un gémissement outré. D’un coup de pied, il le fit dégager et le brun s’étala sur le parquet. C’était comme ça la plupart du temps. Une habitude ancrée dans le quotidien, aucune douceur, rarement, une fois par année peut-être. Et enfin, les deux hommes se retrouvèrent dans la cuisine, Kae préparant le petit déjeuné et obligeait le roux à avaler quelque chose. Il pouvait être pénible, mais c’était sa façon à lui de s’inquiéter pour sa santé sans jamais aborder le sujet. Leur relation était comme ça. Ils savaient les choses mais ils ne disaient jamais rien. Et même, Kae semblait le plus ouvert des deux sur le plan sentimental.
Sur le seuil de la porte, Yukito donnait les dernières instructions pour le repas de midi, encore quelque chose d’impossible à cuisiner. Un autre contrat tacite entre les deux : Kae s’occupait de tout à la maison en échange du toit (comme s’il en avait réellement besoin) et des attentions du démon. Et dernièrement, un défit lui était imposé. S’il ne réussissait pas à préparer quelque chose qui soit digne des restaurants cinq étoiles, il allait passer un mauvais moment. Le gamin, appuyé contre le mur, écoutait donc attentif. Toujours embrumé de sa nuit au sommeil interrompu régulièrement, il avait toutes les peines du monde à retenir les directives. Au moment où Yuki empoignait la porte pour sortir, il avança la main et attrapa son poignet. D’un geste vif, il l’attira à lui et posa ses lèvres sur les siennes.
- Tu me l’as promis. - Ces conneries tu les oublies pas hein, marmonna le roux. - Il paraît qu’un couple qui s’embrasse vit plus longtemps ! protesta Kae. - Embrasse ?
« Combien de fois je dois te le répéter ? C’est ça un vrai baiser, apprends. ». Les mains rudes de Yukito s’emparèrent du menton du brun, lui ouvrant la bouche. Sans plus de cérémonies, il pénétra sa cavité avec sa langue, caressant la sienne, lui coupant le souffle. Quelques secondes plus tard il disparu, le laissant rougit sur le pas de la porte. Il détestait ce genre de comportement, ça le mettait toujours dans des états indescriptibles. Ce type lui faisait l’effet d’un aphrodisiaque, à sa seule vue son corps réagissait comme celui d’un adolescent en manque de sexe. Alors imaginez lorsqu’il l’embrassait avec cette violence et envie ? Pestant contre tous les saints, Kae referma la porte et se dirigea vers la fenêtre. Tirant doucement le rideau, il observa son amant s’enfoncer dans les rues. Bougé par quelque chose qu’il ne comprenait pas lui-même, il quitta le manoir et se mit à marcher sur ses pas. Déterminé à découvrir le lieu de son travail. Car oui, Kae ne connaissait rien sur Yukito. Absolument rien mis à part son nom, qu’il avait un frère et qu’il ne s’entendait pas avec sa famille. Il ignorait jusqu’à son âge réel. Et il n’aimait pas cette ignorance. Il ressentait un doute constant, oppressant. Yukito savait tout de lui, il savait de sa relation privilégiée avec sa mère, des origines de sa famille, qui était son père, comment il avait élevé, il lui avait avoué son viol. Toutes ces choses, il le savait intimement, les liait inexorablement. Il possédait son âme, sa vie, et Kae avait accepté de mettre de côté sa fierté, cette partie de lui qui désirait tout contrôler pour se fier à cet homme dont personne qui était sain d’esprit ne voudrait. Mais en retour ? Il couchait avec un inconnu. Au bout d’une demi-heure, il vit le bâtiment dans lequel le roux pénétra. C’était sans grande prétention, simple. Un sourire naquit sur ses lèvres fines, oh, il avait découvert une petite partie de sa vie top secrète et le reste allait suivre. Un coup d’œil à sa montre. Il devait se dépêcher. Lui aussi allait commencer à bosser. Un vent d’indépendance soufflait sur sa vie. Il allait travailler six mois avant de retourner à ses études. Quelque chose venait briser le train-train quotidien. L’entretien se déroula sans problèmes. Kae avait la communication facile et le sourire séduisant, personne ne pouvait résister à son charisme. Il avait toujours tout ce qu’il voulait. Sauf avec Yukito… Une heure plus tard, il avait son contrat en main. La joie intense qu’il ressentait et la fierté de pouvoir enfin occuper ses journées semblait débordante. Une seule personne devait être témoin de ça. Une seule. Et il savait où la trouver. C’est bizarre comme le cerveau peut retenir des choses qui paraissent superflues lorsqu’il y a une connotation positive derrière. Essoufflé, impatient, la feuille de contrat froissée dans sa main, il fixait le bâtiment. Sans hésitation, il passa le seuil. Ses yeux se promenèrent sur les personnes présentes, sans trouver celle qu’il cherchait. Devant son air perdu, une employée l’aborda. Et là, Kae adopta son masque préféré. Tout sourire, séducteur et très poli, il demanda de Yukito.
- Bonjour, excusez-moi… je suis un ami de Yukito, j’aimerais savoir s’il est encore ici, murmura-t-il en souriant aimablement, se penchant près de la jeune femme. - Oh euh… oui il est là, vous voulez que je l’appelle ? - Si ça ne dérange pas son travail, je ne veux pas causer de problèmes. Sinon je repasse plus tard, renchérit-il. - Non, non, il doit prendre la pause de toute façon, je vais vous l’amener de suite. - Merci vous êtes très aimable.
La femme disparut, laissant Kae vaguer à travers le magasin.
- Yukiiii !! Il y a un ami à toi qui veut te voir ! - Un ami à moi ? demanda le roux en la dévisageant. - Oui, et s’il est célibataire il faudra que tu me… - Il ressemble à quoi ? la coupa-t-il. - Pas très grand, des cheveux noirs dégradés jusqu’à la nuque, des yeux fins et d’un vert magnifique ! Un visage fin aussi, légèrement ambigu…
Un truc qui le surprendrait toujours était la capacité des femmes à retenir des choses aussi inutiles, comme le physique d’un inconnu.
- Il est très poli et a un cul superbe !
Kae.
- Je vois qui c’est. Il veut quoi ? demanda le démon sur un ton menaçant. - Je sais pas, il voulait te voir. Alors tu crois que tu pourrais me le présenter ?
La seule réponse qu’elle reçu fut un regard noir qui signifiait « Tu t’approches de lui et je te bute. ». D’un geste las, Yukito posa les cartons qu’il avait dans les bras et sorti de la remise. Il vit le gamin à genoux devant des produits de douche. Il sinua derrière ce corps qu’il ne connaissait que trop bien et lui envoya une claque derrière le crâne.
- Tu fous quoi ici toi ?
En d’autres termes « Comment t’as trouvé l’endroit où je bosse ?? » Kae se massa le crâne et se retourna vers la chose qui l’avait frappé. En voyant que sa requête avait été agréée, Yukito remarqua un éclair de joie intense traverser ses yeux verts. Qu’est-ce que ça signifiait ?
- Je voulais te montrer quelque chose Yu chan ! - Ca pouvait pas attendre midi ou ce soir ? murmura-t-il, cassant. - Non, du tout, regarde ! s’exclama le brun, fier de lui.
Il brandit le contrat de travail devant les yeux du roux. Celui-ci écarta le bras de Kae et le dévisagea avec haine.
- Tu viens m’envahir sur mon lieu de travail pour ces conneries ? C’est pas possible, rentre à la maison ! aboya-t-il.
Kae se figea. Yukito vit dans ses yeux, l’espace de quelque secondes, qu’il l’avait blessé profondément. Mais ce n’était pas son problème après tout. Toute la joie de son compagnon se volatilisa en très peu de temps. Et comme toujours, il le vit utiliser son moyen de défense : les masques. Un faux sourire, une fausse assurance, même ses yeux furent maniés de telle façon que sa remarque semblait lui voler au-dessus de la tête.
- Ok, ok, je te montrerais ce soir. Je m’en vais. Je voulais juste rester lorsque tu prendrais ta pause. - Ca m’intéresse pas, rentre maintenant. - Bien.
Et la discussion se termina là.
Et voilà comment se termine une journée si bien commencée. Un rire amer s’échappa de la gorge du brun. C’est vrai, après tout, il s’attendait quoi de Yukito ? Des fleurs ? Il avait été stupide de vouloir… Ce qu’il voulait c’était juste un sourire, un « bravo » ou même un « bravo, tu me feras moins chier à partir du mois prochain », même ça il aurait aimé l’entendre. Il aurait voulu un peu de fierté de sa part. Un tout petit peu… Son natel vibra dans sa poche et une sonnerie barbare agressa ses oreilles. Un nom clignotait sur l’écran, Tsukaimaru, son cousin. Secouant la tête, il décrocha.
- Hey cousin à la con ! Tu m’as pas dit comment ça a été ! - J’ai mon contrat, Tsu chan, là dans la main, répondit le brun, un vague sourire aux lèvres en marchant à travers les rues. - Trrrop classe ! Je sèche le cours d’anatomie et je viens te voir. Faut fêter ça ! s’exclama la voix jeune de son cousin. - T’es tarré où quoi ? Si ton père l’apprend tu te feras buter. - M’en fous ! Toi, travailler, je veux le voir pour le croire ! On se retrouve au café à côté du lycée ! - Okay.
Pourquoi y avait-il une si grande différence entre son copain et son cousin ? Pourquoi les rôles se sont-ils inversés ? Il se donna un coup sur le front. Il détestait ce genre de pensées, selon lui trop féminines.
Au lieu de sécher le cours d’anatomie, Tsukaimaru sécha le reste de la matinée. Ils parlèrent sans arrêt, du futur boulot de Kae, des études de Tsukaimaru. Son cousin n’avait pas changé d’une virgule. En deux ans, il avait toujours cette coupe émo, cette mèche brune couvrant un œil tout aussi brun. Le corps fin et bien trop androgyne pour ne pas penser qu’il était gay. Mais en y repensant, il y avait quelque chose de différent. Il était plus ouvert. Peut-être sa copine lui était bénéfique, plus encore que lorsqu’ils étaient « ensemble ». C’est pour cela que les relations avec sa famille se sont encore plus dégradées. Son oncle ayant découvert leur liaison, il l’a chassé à jamais de la maison et interdit son fils de l’approcher. Fils de déchet, dégénéré, furent les derniers mots qu’il eut droit de son oncle et sa tante, la seule famille qu’il avait encore. Mais on ne brise pas des liens si forts. La preuve, ici, dans ce café, ils parlaient comme si de rien n’était. Le sentiment de légèreté que lui procurait Tsukaimaru ne diminuait pas avec les années. Et la question fatidique arriva.
- Kae, t’as l’air pas bien ces temps. Ca va mal avec ton copain ? - Comme d’hab’, rien de neuf, répondit-il. - T’as le chic pour tomber sur des gars de la pire espèce… tu veux en parler un peu ? insista son cousin. - Mh…
Il se reçu une tape sur la tête, désapprobation du gamin de deux ans son cadet. Et en un soupir, il lui expliqua sa relation, dans les grandes lignes. Le doute, la façon qu’il avait de le traiter sans les détails de leurs relations sexuelles. Il n’aimait pas en parler, cela prouvait qu’il ne pouvait pas maîtriser la situation et ça, c’était ce qu’il ne pouvait pas supporter. Et puis soudain, la conclusion arriva d’elle-même.
- En gros, il ne me fait pas confiance.
Et la surprise le gifla parce qu’en cinq mois de relation, c’était la première fois qu’il arrivait à ça.
- Je sais pas s’il est mieux ou non de Syde. Enfin, commença Tsukaimaru, il te trompe pas c’est déjà ça. Mais vu ce que tu me dis, j’ai l’impression qu’il t’utilise autant que l’autre. Sauf que là… Kae, tu développerais pas le syndrome de la femme battue ? - Mais tu dis vraiment n’importe quoi toi, répondit le garçon aux yeux émeraude, agacé. - Sérieusement, regarde : il te frappe, t’humilie, t’oblige à faire tout ce dont il a envie et pour quoi ? Pour rien. Il en a rien à foutre de ta vie, ni de ta réussite. J’sais pas, mais ça me donne pas une bonne impression… Normalement une relation c’est épanouissant et pour toi c’est évident, c’est le contraire. - Je serais incapable de le défendre. Mais Tsu chan, je le sens. Et je ne veux pas le quitter comme l’autre enfoiré. Je sais plus quoi faire pour stimuler son intérêt. C’est ça qui fait mal. - Haaa, toi et tes histoires de cul. Tu peux pas trouver un mec ou une fille bien pour changer ? ironisa Tsukaimaru.
Un vague sourire naquît sur les lèvres rosées de Kaerizaki. Son index fit le tour du bord de sa tasse de café.
- Le problème… c’est que je l’aime. Et tant que je serais pas totalement détruit, je le lâcherais pas. - Toujours autant extrémiste. - Et puis, les gens bien je les rejette. J’aime pas qu’on s’occupe de moi. - Oh ça je sais, s’exclama Tsukaimaru en riant. Mais tu en as besoin !
La discussion tourna ensuite sur la copine de son cousin. Kae écoutait attentivement, posant des questions et analysant. Au bout de cinq minutes, il dressa le portrait de la fille en question et resta choqué.
- Me dis pas que c’est… Oyuki ? tu sors avec elle ? - Bingo !
Les gens sont tous fous. Le temps passait, à vitesse grand V. Au moment où arrivait 11h35, le natel sonna. Une musique différente qui le fit sursauter. Son cœur plongea dans ses entrailles.
- Ho, c’est rare que Yukito t’appelle nan ? demanda Tsukaimaru, un sourire aux lèvres. - Je reviens, scuse-moi.
Ordre. Ordre. Et plus aucun son. Kae poussa un soupir sonore, sa poche avalant à nouveau le portable. Les yeux perdus dans le vague, le jeune homme semblait plongé dans ses pensées. Se poser toutes ces questions, se prendre la tête pour ces idioties le rendait nerveux. Irritable. Parce qu’il y avait quelque chose de faux dans ces idées. Il le savait, il le sentait, mais son cerveau refusait de le laisser tranquille et il s’inventait tout un tas de doutes, de suppositions, dignes des pensées tortueuses d’une femme. Et franchement, c’était la dernière chose dont il avait besoin. Un poids, là, dans sa poitrine, oppressant et lourd lui écrasait les poumons. Et d’un coup, comme si cela ne suffisait pas, le son d’une voix familière lui liquéfia l’estomac. Une longue et plaisante brûlure lui donna l’impression que son cœur avait plongé. Lorsque Kae releva ses perles émeraude, il tomba nez à nez avec lui. Les cheveux courts, rouges, des yeux d’un marron assez dur, un physique bien sculpté. Syde. C’était pas le moment.
- Hey, quelle surprise, s’exclama-t-il. Je croyais que tu avais disparu de la face de la terre. - Et moi donc… Silence. Une habitude qui semblait ne jamais s’évanouir avec le temps. Et ce trouble, toujours, juste là, creusant dans son bas ventre.
- Comment tu vas ? reprit Syde, plantant ses pupilles marron dans celles du brun. - Ca va, répondit Kae, cassant. Et toi ? Pourquoi se montrait-il poli ? - Je survis, murmura le roux en souriant.
Le brouhaha alentours ressemblait à un bruit de fond. Entre eux, il y avait de l’électricité. Quelque chose de fort et dérangeant. Et Kae sentait son cœur battre comme un dément. Et il détestait ça.
- Tu m’as manqué tu sais ?
Là, ce fut le brun à sourire. Lui manquer ? La bonne blague.
- Tu as le temps ? On va prendre un verre ? insista-t-il. - Non. Je dois rentrer, lui répondit Kae, son visage se fermant totalement. - Tu étais moins réticent à l’époque. Tant pis. Au fait, tiens.
Il lui glissa un bout de papier dans la main lorsqu’il la lui serra et, sourire toujours accroché aux lèvres, il disparu dans la foule. C’était quoi ça ? Sa mâchoire se serra lorsqu’il déplia le papier. Un numéro. Il le connaissait vraiment bien. C’était si facile à voir lorsqu’il n’allait pas bien ? Pauvre con, s’insulta-t-il. Vraiment. Et si en plus cet enfoiré allait croire que par désespoir il retournerait le voir. Mais il y avait ce doute là, bien au fond, qui rongeait et prenait de la place dans sa tête.
« Tu sais, quand tu m’as montré ton nouveau copain… j’ai comme senti une fixation sur Syde. C’est pas ça hein ? Physiquement ils se ressemblent beaucoup. »
Une main s’abattit sur son épaule. Tsukaimaru. - J’ai payé. Il voulait quoi lui ? - Que je l’appelle si j’étais en manque, répondit Kae, ironiquement. - T’es sérieux ? Le coup arriva, une claque derrière le crâne. - Mais non crétin. Je dois y aller là, sinon Yuki va me piquer une crise. - Okay, appelle-moi à l’occas’.
Un bref signe de tête et il filait à travers les rues, zigzagant entre les voitures sur sa moto. Un peu de frime en plus, un cadeau qu’il s’était fait à lui-même. C’était quelque chose qu’il adorait faire, rouler à grande vitesse, juste la route et le vent à lui gifler le visage, ses cheveux claquant sur sa nuque, l’air glacé perforant sa peau et surtout, la tête vide. Au bout de cinq minutes, il était déjà en train d’ouvrir la porte de chez lui. Un pas à l’intérieur et une odeur de nourriture lui envahit les narines. Surpris, il jeta ses clés, ferma la porte et balança sa veste par terre pour se diriger dans la cuisine. C’était quoi ce délire ? De ses lèvres sorti un « Ouh » de surprise en voyant une table préparée et un démon assis à table. Ses yeux bleus, puissants, mauvais, sublimes le clouèrent sur place. Il semblait énervé.
- Je pouvais pas partir comme un voleur, se justifia Kae.
Et un sourire malsain destiné à lui faire comprendre que ses pitoyables excuses ne le sauveraient pas. Qu’il était adorable si soumis à son jugement. Et il se traita d’imbécile. Le rouquin tapota ses cuisses et Kaerizaki s’exécuta : il s’assit gentiment sans demander autre chose. La tête baissée, soupirant, résigné.
- Ton rôle c’est de m’attendre à la maison, avec le repas prêt. Je me trompe ? murmura menaçant Yukito, s’amusant dans son cou, son index jouant avec la boucle de son collier de soumission. - Mh. Réponse arrogante qui lui valu un coup. - Montre-moi ton contrat maintenant. Sa main plongea automatiquement dans ses poches, habitude prise après cinq mois de dressage intensif, et le lui mit devant les yeux. Il scruta le bout de papier, posant son menton sur son épaule.
- Six mois ? Et après tu reprends directement les études ? Mh… A quoi ça te sert ? T’as pas besoin d’argent, commença Yuki en posant le papier sur la table. - Pour m’occuper pendant que t’es pas là. Je moisis tout seul. Et ça va m’entretenir physiquement. - Comment ça ? D’un geste insolent, il plaqua sa main contre le torse de son amant, redressa la tête et le fixa légèrement hautain. - N’importe quoi. Même en le voulant tu seras jamais comme ça, ricana-t-il. Et Kae, comme un gamin, gonfla les joues et pivota sur ses cuisses, se penchant en avant pour prendre un bout de pain. Yukito suivit le mouvement du regard, posant ses mains sur les hanches du gamin, le collant contre son bassin. Un bref sourire éclaira son visage, féroce.
- J’ai congé cet après-midi. Ca le figea dans son mouvement. Et il tourna le visage, surpris. Il était tout bonnement adorable. Un vrai petit animal de compagnie. Le roux donna un coup de reins sous ses fesses, plissant les yeux, ne loupant aucun détail des expressions que prenait son chien. - Pourquoi tu n’inviterais pas ton cousin ? reprit-il. - Tsukaimaru ? Si tu y tiens. Mais il a cours après-midi. - Ce soir alors, importe. Je suis curieux de voir à quoi il ressemble. Le roux observa une onde de doute dans les yeux verts de son amant. Cependant, comme d’habitude, il haussa les épaules et accepta.
« C’est étrange comme les choses tournent toujours aussi mal avec lui. A croire qu’il porte le malheur et la haine sur son dos, les disséminant à chaque tournant. J’avoue, parfois je me demande comment je fais pour supporter tout ce qu’il me fait. Tsukaimaru avait raison, j’ai développé « le syndrome de la femme battue ». N’est-ce pas complètement ridicule ? Comme pour Syde, je m’accroche jusqu’à être complètement détruit. D’un côté, je pense que notre prénom fait beaucoup sur notre personnalité, autant que nos gênes. Je m’appelle Renaissance. Je suis destiné à mourir pour renaître. »
Kaerizaki porta la plume entre ses lèvres, suçotant le bout en regardant par la fenêtre. Perdu dans ses pensées, il écrivait tout ce qu’il ne pouvait dire. Yukito ne l’écoutait jamais. Il couchait, un point c’est tout. Pour ne pas s’embarrasser de sentiments superflus ou de doutes infondés. Et pour ne pas que cela le ronge, il les couchait sur le papier, les analysait et en trouvait les réponses. Le rouquin venait d’entrer sous la douche, après lui avoir démonté le corps. Tout lui faisait mal, sans exception. Couché sur le ventre, son cahier contre le coussin, il attendait que le temps passe, savourant les minutes de répit qu’il lui accordait. Un soupir. Sa tête s’abandonna sur ses bras, les draps baissés sur les reins.
« J’aurais dû naître laid. »
D’un mouvement lent, il ferma le cahier et le rangea sous son lit. Là, un coup bien placé dans une latte de bois. Un crissement et un trou dans le plancher se dévoilait, avalant ses secrets. Ses paupières lourdes se baissèrent et lentement, doucement, il se laissa bercer par les rayons du soleil pénétrant dans la pièce. Quelle douceur, quelle chaleur, c’était vraiment plaisant. |