Un futur

 

Draps en désordre, sueur envahissante, mains crispées sur le tissu blanc, visage relevé vers le ciel, sombrant dans la noirceur d’une chambre au petit matin, deux hommes s’adonnent aux plaisirs de la chaire. De faibles gémissements s’envolent caressant les murs, les corps crispés par le plaisir en redemandent encore, encore, plus fort. Combien de temps s’est écoulé depuis la catastrophe ? Combien de morts et de folie ont-ils dû combattre ? Trop, beaucoup trop pour y penser.

Pourtant, certaines choses n’ont pas changé. Toujours cette douleur et l’absence de douceur, juste l’envie animale de coucher. C’était peut-être cette unique chose qui les avait liés durant ces années. Un coup de reins puissant et il se libère en lui, répandant sa semence, lui brûlant l’intérieure. Un gémissement rauque et il s’affale sur lui, épuisé.

Au-dessus, un homme puissant, aux muscles sculptés, le visage fin, un bel homme au regard sévère avec une pointe d’agressivité. Les pupilles sombres reflètent une détermination peu commune, une expérience de la vie hors norme, un puis de ténèbres profondes difficiles à cerner. Sa peau moite légèrement hâlée lui confère d’autant plus de charisme, s’accordant avec des cheveux courts à la teinte particulière, un rouge sombre faisant penser au sang. C’était un homme accompli. Et sous lui, les mains fines accrochées à ses cheveux et qui reprenait sa respiration, il y avait son amant. Plus jeune que lui, il avait l’apparence d’un ado en fin de croissance. Un visage fin, des traits androgynes sans pour autant être féminins, des cheveux d’un noir profond retombant éparpillés sur le coussin… ils devaient lui arriver jusqu’au bas de la nuque s’il prenait le temps de les coiffer. Un regard hautain et moqueur, reflétant dans ses pupilles émeraude une assurance peut-être trop prononcée pour son âge. Il paraissait avoir connu lui aussi trop de choses pour le nombre d’années de son existence. Sa peau pâle recouverte de légères blessures provoquées par cette étreinte brutale laissait transparaître des lignes argentées striant son torse, dues à un traitement plus violent dans sa jeunesse. D’ailleurs, ses jambes tremblèrent légèrement lorsque Syde se retira de lui, s’allongeant à côté pour s’allumer une cigarette. Aucun échange, pas un mot, juste des gestes. Kae se tourna sur le côté, avançant une main vers le rouquin pour l’embrasser en lui enlevant la clope des lèvres. Trop stéréotypé. Il se leva ensuite, un mouvement lent et calculé, ancienne habitude de formation. S’étirant bruyamment, il déploya ses lignes fines, faisant craquer les épaules, poussant un soupir las. Il rejeta sa tête en arrière et d’un air dédaigneux lança à son amant :

-         Tu devrais aller te laver, ta copine va pas tarder à arriver.

Aucune réponse. Kae se leva, se dirigeant vers la salle de bain. Son attitude orgueilleuse n’était qu’un masque. Les remarques acerbes n’étaient qu’un pont vers ses réels sentiments, mais qui pouvait les comprendre ? L’eau bouillante agressa sa peau martyrisée et le jeune homme posa son front contre le carrelage froid du mur, retenant un grognement de satisfaction. Quelques heures, peut-être quelques minutes et il devra débarrasser le plancher, reprendre sa place. Bien qu’étant colocataire, le noiraud ne supportait pas de voir cette fille avec Syde. Il était comme ça, il n’y pouvait rien. Pour son propre bien mental, il devait s’éloigner de l’appartement. Ça faisait trop mal. Soudain, un bruit de porte qui s’ouvre le sorti de ses pensées, l’ouverture coulissa, et deux bras l’enfermèrent contre le mur…

Et voilà, Kae jouait encore à ce jeu agaçant. Il devait le prendre comment ce regard où toutes les fautes du monde semblaient découler de lui ? Cette phrase sonnait comme une accusation et Syde ne remua pas du lit, récupérant sa cigarette. Il bougea après quelques minutes, lorsque le noiraud avait quitté son champ de vision, ouvrit les volets, laissant l’air du matin l’agresser et le réveiller. Un fourmillement dans son estomac, synonyme de la nervosité à laquelle il était soumis depuis la veille, ne le laissait pas en paix. Il allait enfin la revoir, la femme qu’il aimait. Cela semblait faire une éternité qu’il ne l’avait pas vue, combien exactement, il n’osait même pas faire le compte. Il tira une bouffée avant de jeter le mégot en contrebas, recrachant la fumée avant de se diriger vers la salle de bain. A travers la porte vitrée, il pouvait admirer le petit prince de dos, et un sourire malsain se dessina lentement sur son visage. Avançant une main, il fit glisser l’ouverture et pénétra sous la douche. L’eau bouillante le brûla et il se demanda quel intérêt Kae avait à se cuire de cette façon. Souriant toujours, il étendit ses bras horizontalement de chaque côté du corps du gamin devant lui, l’emprisonnant contre le mur…

-         T’imagine sa réaction si elle sait que tu la trompes avec un mec ? demanda Kae, sourire faussement amusé aux lèvres. Déjà que tu te tapes les premières qui passent dans la rue… ça risque d’être plus douloureux à avaler.

Pas de réponse. Il senti juste des lèvres dans son dos.

-          Laisse-moi.

-          Pourquoi être si froid mh ? demanda à son tour Syde, se moquant ouvertement du noiraud.

-          Je me lave.

 

Le rouquin empoigna les cheveux de Kae, tirant sa tête en arrière pour venir lécher son cou, lui arrachant un faible gémissement. Et un sourire. Quel crétin, pensa le noiraud.

 

-         Regarde-moi ça… Je ne savais pas que je t’excitais à ce point, Kae chan…

-         Va te faire voir et laisse-moi me laver !

 

D’un geste de coude, il le poussa à l’extérieur, refermant la porte derrière lui, lui lançant depuis la cabine :

 

-         Si elle te voit trempé et moi après, elle fera le lien, arrête de jouer au gamin et laisse-moi.

-         T’as l’air plus préoccupé que moi pour ce genre de détails.

Baka, hurla-t-il intérieurement. Sombre crétin, débile profond.

Le noiraud se laissa lentement glisser le long de la paroi, une jambe pliée contre son torse, son bras droit posé dessus, son visage caché. Et il s’insulta intérieurement.

 

Maintenant, le rouquin était sous la douche, alors que lui fouillait le frigo à la recherche de quelque chose de potable pour le petit déjeuner. Le café était déjà prêt et n’attendait qu’à être servi. Sortant le nécessaire, un sentiment d’appréhension naissait doucement dans son estomac, bloquant l’envie d’ingurgiter quoi que ce soit. Jusqu’au moment où de la porte un ding, dong, résonnant comme la fin du monde provoqua la plongée de son cœur au creux de son estomac. Une vague de sueur et un frisson de peur le secouèrent. Déjà. D’un geste lent, il alla ouvrir. Priant pour qu’un extraterrestre détruise la planète, un tremblement de terre engloutisse le bâtiment, ou juste… que le temps s’arrête. Mais sa main avait déjà baissé la poignée de la porte, lui dévoilant la jeune femme qu’il détestait plus que tout autre chose au monde. Elle était vraiment belle d’ailleurs. Il avait du goût, ce chien. Brune, svelte, aux formes abondantes et proportionnée, un visage inspirant la sécurité et la joie de vivre. Une femme éblouissante et intelligente. Drôle et sensuelle. Kaerizaki lui offrit un radieux sourire et la fit entrer, s’inclinant légèrement.

-         On allait déjeuner, tu veux te joindre à nous ? demanda-t-il avec charme et politesse.

Elle accepta et il lui servit ce qu’elle désirait. Retournant la chaise pour s’asseoir à califourchon dessus, le torse appuyé contre le dos en bois, il se préparait des tartines pendant que Syde finissait de se laver. La chaine accrochée à son pantalon noir pendait paresseusement, se balançant dans le vide, tout comme le garçon sur sa chaise. Torse nu, yeux rieurs, il portait un masque peint naturellement, cachant son aversion, sa douleur à la perfection. Et ils parlaient de tout, riant parfois, exposant leur vie commune. Lui, jeune universitaire, elle, bossant dans la photographie, ce qui avait pour conséquence de la tenir éloignée assez souvent de la ville. Heureusement pour lui. Elle lui montra d’ailleurs quelques clichés, lui, adorant tout ce qui touche de près ou de loin à l’image des gens, devint très professionnel. Mais à ce même moment, Monsieur Convoité sorti de la salle de bain.

Les retrouvailles furent écœurantes et mielleuses à souhaits. Kae se concentra sur son café pendant qu’ils s’adonnaient amoureusement à l’expansion de leurs sentiments. Pour finir, il se leva et alla mettre une chemise noire. Il n’avait pas perdu l’habitude de cette couleur. Il ne le pourrait jamais. Il prit les clés et se dirigea vers la porte.

-         Kae kun, pourquoi tu portes toujours du noir ? demanda la demoiselle, se décollant enfin de Syde.

-         Il a que ça dans son armoire, se moqua immédiatement le rouquin.

-         Je fais un deuil.

-         Ah ?

-         D’un sentiment que je n’arrive pas à tuer, termina le noiraud avant de refermer la porte derrière lui.

 

Syde, sous la douche, avait prit les cheveux de Kae dans une main, tirant en arrière son visage pour s’approprier son cou. Sincèrement, il pensait qu’il allait lui faire plaisir. Mais encore une fois, sa réaction était totalement incompréhensible. Lorsqu’il fut aimablement congédié, le jeune homme s’arrangea pour changer les draps et mettre un peu d’ordre. Et bien sur, porter quelque chose. Car lui, au contraire de son amant, n’aimait pas déambuler nu dans l’appartement. Surtout que certains voisins pratiquaient le voyeurisme à un point inimaginable.
Il marchait sans but précis à travers l’appartement, ouvrant les volets et laissant l’air du matin pénétrer les pièces. S’allumant une autre cigarette, la flemme lui « collait au cul ». Même pas la motivation de préparer le petit déjeuné. Par mécanisme, Syde ouvrit le frigo, ses yeux bruns survolèrent tout ce qu’il contenait sans vraiment les voir. Une autre pensée occupait son esprit. Elle. Il se laissa tomber sur le canapé et alluma la télévision, cherchant une chaîne intéressante, clope entre les lèvres libérant son odeur de tabac dans l’appartement. Si Kae avait été là, il la lui aurait faite avaler. Un sourire amusé naquit sur ses lèvres. Tasse de café dans une main, il allait attendre que ce soit lui qui prépare la table. Ce rôle lui correspondait bien.

 Mais il foutait quoi dans cette salle de bain ?

Syde entendit la porte s’ouvrir, mais ne réagit pas. Si Kae voulait quelque chose, il devrait venir le chercher lui-même. Il n’allait tout de même pas céder à tous les caprices du petit prince à chaque fois ! Ses pas étouffés par le tapis ne lui permirent pas de l’entendre et Syde aperçu donc le gamin s’asseoir à ses côtés. Un bref « la salle de bain est libre » et rien d’autre ne fut prononcé. Le rouquin scruta Kae. Un linge autour de la nuque, emprisonnant ses cheveux encore mouillés collant sur son visage, il semblait absorbé dans ses pensées. Et Dieu seul sait ce qu’il se passait dans cette belle tête. C’était un mystère ce gamin. Sans rien dire, ses yeux bruns tenaient à l’œil les mouvements raffinés de son colocataire. Il était torse nu, juste les pantalons noirs qu’il n’avait même pas pris la peine d’attacher. Des gestes absents, il s’empara du journal posé sur la table basse, sa main droite tenant le linge et essuyant quelques goûtes glissant le long de sa joue. Rien que dans ces gestes simples… il avait quelque chose d’attirant. Il ressemblait à un acteur au théâtre. Un acteur aux multiples rôles, oubliant d’ôter son costume à la fin de la représentation. Il cru vraiment qu’avec le vent qu’il lui avait balancé un peu plus tôt les discussions se limiteraient là, mais encore une fois, l’incompréhension le submergea lorsque le noiraud se leva pour prendre place sur ses genoux, baissant son visage vers le sien et lui murmurer « La prochaine fois que tu fumes à l’intérieur je te l’enfonce bien profond dans le cul, c’est compris ? ». Il y avait un sourire sur ses lèvres et Syde eu droit à un bisou sur le front.

-         Va te laver maintenant, c’est un ordre.

-         Non mais ho, je suis pas ton chien !

Nouveau sourire. Décidément, il ne le comprendrait jamais…


 

Après cette scène affligeante ; baisers, mots doux, gestes tendres, Kaerizaki déambulait tranquillement dans les rues, sans aucun but, sans aucune motivation ni envie. Comment allait-il occuper sa journée alors que sa distraction première s’envoyait en l’air ? Pourtant, il devait s’occuper l’esprit, c’était obligatoire. Rien que d’y penser, ça le rendait malade… Musique dans les oreilles, il regardait les gens passer devant ses yeux, avalant les informations, détaillant les corps. Mains dans les poches, il fit quelques magasins avant de se rendre compte que le temps avait décidé de ne pas s’écouler. Son portable vibra.
Et un faible sourire éclaira son visage. Sur l’écran, un nom clignotait, accompagné d’une musique agressive. Il décida enfin de répondre.

-         Nai chan ?

-         Coucou toiiiii !

 

La journée avait un programme.

 

°°°

Une sensation de légèreté engloba Syde, une euphorie incontrôlable, un bonheur tellement réel lorsque la personne aimée est dans nos bras, enfin. Et il avait décidé de ne pas la lâcher une seconde. Il devait toujours avoir un contact avec son corps. Même si ce comportement paraissait futile et puéril, le rouquin donnait l’impression qu’il l’avait retrouvée après des années de séparation. Même si ce n’était que sept jours. Et lui faire l’amour. La sentir à lui, la serrer contre son cœur et son âme, avoir toute cette douceur et compléter ses sentiments, cette journée, pensa-t-il, ils allaient la passer au lit.

 

°°°

-         Diiis, tu vas pas déprimer quand même ?

La tête posée sur la table, les bras pendant dans le vide, Kae ne prit même pas la peine de répondre. Cela faisait des mois que ça avançait. Il n’arrivait plus à taire ce putain de mal qui lui donnait envie de vomir.

-         Kaaeeee, tu pleures ?

-         Arrête tes conneries… ce sont mes yeux. Ils me font chier… c’est rien.

Ramenant une main pour cacher son visage, cacher cette laideur, enterrer encore ce mal. Et des bras vinrent l’enlacer. Un chuchotement, une tendresse compatissante, tout ce dont il avait besoin et il s’agrippa à ce corps comme un désespéré.

 

°°°

 

La porte de l’appartement s’ouvrit, libérant un flot de lumière débordante. Deux silhouettes se dessinèrent dans les rayons du soleil couchant. Les yeux vert émeraude de Kae se posèrent successivement sur la jeune femme habillée et l’homme en robe de chambre. Un pincement au cœur, mais rien de visible sur ce visage fermé à toute émotion. Aux côtés du jeune homme à la chevelure ébène, une fille blonde et rose, les cheveux courts et habillée dans sa totalité en noir/rose. Il salua en levant la main et pénétra l’appartement avec appréhension. Son cœur tambourinait violement, cognant contre ses côtes, comme à chaque fois. La nausée puissante, la haine et la jalousie mortelle répandait en lui un venin destructeur.

L’ébauche d’un sourire sur son visage pour cacher ses sentiments, et il leur fit face. Nai, à ses côtés, observait le jeu ridicule de son ami en secouant la tête. Ils s’assirent à nouveau autour de la table, discussions futiles se succédèrent à un rythme soutenu, éclats de rires, moqueries, et la salive se faisait toujours plus difficile à avaler. A chaque baiser, il baissait les yeux ou les plantait dans ceux de Nai, évitant de s’automutiler d’avantage. Jusqu’au moment où Syde jugea bon d’aller enfin s’habiller. Il senti sur lui les yeux précieux de Kae, le dévorant littéralement du regard. Ce qui l’amusa au plus haut point.

Et maintenant, les trois face à face. Le silence tomba, pesant, chargé d’électricité. Kaerizaki, mains dans les poches, dans une posture vulgaire sur sa chaise fixait l’extérieur. Et tout semblait sur le point d’éclater lorsqu’un petit couinement arracha un cri de surprise à la blonde. Les deux autres tournèrent la tête vers elle et remarquèrent que de sa manche sortait un petit museau. La brune recula subitement, et Kae explosa de rire. Le rat de Nai. Secouant la tête, il prit l’animal et le montra à la brune. Cette dernière n’osait pas le toucher, mais en observant la bestiole, elle la trouvait de plus en plus adorable. Nai la prit dans ses bras et lui proposa de poser son animal adoré sur ses épaules. Méfiante au début, elle fini par accepter. Et d’un coup, le rat blanc et gris glissa « accidentellement » entre les seins de la jeune femme qui se mit à hurler. Au lieu de lui donner un coup de main, la blonde se plia en deux, éclatant d’un rire sonore. Elle se secouait dans tous les sens  pour se débarrasser de l’intrus qui lui griffait la poitrine et Kae dû se résoudre à lui donner un coup de main. Il s’approcha de la brune, ne sachant pas vraiment comment s’y prendre. Serrant les dents, il finit par poser brutalement une main sur son pull, bloquant une sortie, puis l’autre sur l’un de ses seins. Elle le regarda outrée mais là, il était plutôt concentré sur la bestiole. Voulant reculer de cette étreinte forcée, elle trébucha sur le tapis et s’étala de tout son long, percutant le sol un peu brutalement, entraînant Kae à sa suite. Un cri étouffé lorsqu’il se retrouva étalé sur elle, les deux mains sur ses seins et ses lèvres à quelques centimètres des siennes, le rat coincé, enfin…. Le jeune homme bloqua, les mains étouffée dans le moelleux de sa chaire, la douceur de cette anatomie féminine… il comprit ce qui faisait bander Syde.  Mais à ce même moment, la porte de la chambre s’ouvrit, et l’homme qui ne devait jamais voir cette scène arriva.

 

Les yeux bruns du rouquin s’écarquillèrent. Devant lui, il voyait son colocataire, à califourchon sur sa copine, les mains sur ses seins, prêt à l’embrasser. Elle semblait vouloir le repousser, ses yeux ne mentaient pas. Et un élan de colère embrasa tout son être. Comment cette petite merde osait faire ça ! Nai à côté semblait participer à cette mascarade. Son corps bondit en avant, attrapant par le col de sa chemise le noiraud, le balançant en arrière. Gémissement douloureux. Poing s’abattant brutalement. Lèvre éclatée. Sang.

-         Attends, Syde, c’est pas ce que..

-         La ferme ! murmura-t-il, menaçant, à sa moitié en indiquant la porte aux filles. Sortez d’ici immédiatement !

A cheval sur le torse de Kae, il le soulevait par le col de sa chemise ouverte, un filet de sang serpentant son menton. Il avait la haine. Et Kae se contentait de le regarder avec cet air arrogant, la bouche légèrement entre-ouverte. Ses lèvres se plièrent en un sourire amusé. Syde empoigna ses cheveux, le ramenant vers lui, arrachant un nouveau gémissement douloureux. Bordel, ce regard ! Il se croyait qui pour le dévisager de la sorte ! Hautain, méprisant, dédaigneux, il lui donnait envie de lui faire mal.

-         Pourquoi tu es en colère ? demanda Kae.

-         Tu faisais quoi à ma copine, batard ?!

Il n’eu qu’un ricanement de sa part. Il avait envie de lui faire avaler cette saleté de sourire ! Les pupilles du noiraud ne cessaient de le dévisager, de l’admirer, et merde sa colère l’excitait ? Quel petit…
Une image projetée par son cerveau se superposa sur le visage du garçon sous lui, des situations pareilles, il en avait déjà vécue. Ce type, il fallait le dominer, lui faire du mal… Des lèvres entre-ouvertes, un soupir, les yeux fermés et un frisson de plaisir, un faible gémissement… de la sueur. Voilà l’image qu’il eu en ce moment et il s’insulta. Car c’était peut-être le seul moyen de lui faire changer cette expression de parfaite maîtrise. Et involontairement, il remarqua ses yeux rouges.

-         Ça te fait quoi d’avoir vu ça ? murmura Kae, se levant doucement près de son oreille. Frustrant, non ? Pourquoi ça te met tellement en colère ? Tu le fais si bien toi… non ?

-         Ta gueule !

Violemment, il le plaqua contre le sol.

-         J’espère que ça te fait bien chier, salaud… continua le noiraud.

 

Et près de la porte, Nai caressait doucement son rat, tenant par la main la jeune brune. Elle n’avait pas refermé la porte derrière elle, lui laissant le temps d’écouter leur… discussion.

-         Pourquoi il ne lui dit pas qu’il n’a pas fait exprès ? demanda la brune.

-         Parce que comme ça ils mettent au point leur relation…

-         Hein ?

-         Oh, tu savais pas ? Pendant que tu n’étais pas là, ton Syde couchait avec Kae, chantonna-t-elle, donnant un bisou sur le museau de son animal. Si c’était que ça… lui, il l’aime à en crever et ton copain s’est bien foutu de sa gueule.

 

Syde aurait pu le tuer.

-         Tu l’as mérité, sale égoïste. Tu te prétends adulte alors que t’es pire qu’un gosse. T’es même pas capable de voir ce qu’il se passe autour de toi sans pleurer sur ton sort, jouer à chaque fois la victime, tu te comportes comme un animal qui pense avec sa queue au lieu de son cerveau. Ben assume maintenant, continua le noiraud sur le ton du défi.

La colère monta d’un cran.

-         J’ai assez supporté cette situation… Mh, sourit-il, pauvre petit Syde. Tu t’es bien foutu de moi et de mes sentiments. Tu peux pas imaginer le mal que tu m’as fait à chaque fois que tu ramenais une femme ici, comme je voulais te tuer à chaque fois que tu me prenais pour me jeter et aller voir ailleurs, comme je te hais maintenant. Et sérieusement, tu crois que si je n’avais pas un minimum de respect pour toi je t’aurais laissé ta copine ? Tu m’as bien regardé ? J’ai toujours ce que je veux. Mets-toi bien ça dans le crâne. T’es rien, juste un pauvre gamin qui se croit adulte, t’arriveras à rien…

Un autre coup, plus fort, la colère avait éclaté. Et Kae riait. Un rire amer, sans joie, mais il était obligé de rire s’il ne voulait pas montrer ses faiblesse face à Lui. Il n’avait qu’à tout déchirer, se faire détester encore, comme il était si bon à le faire. Il n’avait qu’à montrer sa laideur et tout détruire.

 

-         C’est un imbécile, murmura Nai, observant la scène, ses yeux examinant Kae.

 

Syde senti comme si on lui perforait le ventre. Les mots qu’il recevait comme une gifle semblaient le brûler de l’intérieur. Pourquoi il lui disait ça maintenant ce con ? Il devait se taire, se la fermer, tout allait mieux quand il se la bouclait !

-         Au fait, qu’est-ce qui te fait le plus chier, que ta copine se fasse agresser, ou que ce soit moi qui l’ai agressée ? demanda Kae, un faible rire s’échappant de ses lèvres.

Mais la réponse ne venait pas et lui, il était incapable de répondre. Il voulait juste qu’il se la ferme. Il était laid, immonde, dégoûtant, et voir son visage lui donnait la nausée.

 

-         Syde, c’est bon arrête ! s’exclama la brune lorsqu’il leva son poing pour la troisième fois.

-         Je vais partir, ne t’inquiète pas.

D’un geste habile, il se dégagea et se releva, mettant sa chemise en ordre, passant une main dans ses cheveux pour les remettre en place et s’essuya la lèvre éclatée.

-         Nai, ça te dérange pas si je passe la nuit chez toi ?

-         Nan, du tout.

-         Je reviendrai demain prendre mes affaires.

Le ton était glacé, froid, une note brisée trainait mais la maîtrise était totale. La porte se referma presque avec douceur et le silence retomba dans la pièce.

-         Il t’a fait quoi cette enflure ? murmura Syde après quelques secondes.

-         Rien. Il voulait reprendre le rat de Nai chan qui était tombé dans mes seins. J’avais trop peur et il m’a aidé.

-         Pff, j’ai cru qu’il allait profiter de toi. On sait jamais avec ce dégénéré.

-         Non, il n’est pas comme ça.


 

Ils étaient dans la rue, assis sur un banc, observant les passants, le regard perdu dans le vague.

-         Kae, ça va ?

-         Ouais, étonnamment ça va très bien.

-         Menteur.

-         Je te promets. Ça m’a fait du bien de lui cracher à la gueule ce que je pensais.

-         Si tu le dis, murmura Nai, pas du tout convaincue de ses paroles.

-         Nai chan…

-         Oui ?

-         Je peux dormir avec toi cette nuit ?

Il baissa la tête, doucement, ses cheveux noirs retombant devant ses yeux, cachant son expression. Quel était le prix de la liberté déjà ?

 

« La souffrance, juste le noir profond de la douleur. Car c’est la seule chose que tous les êtres humains partagent »

 

 

-         Syde… j’ai appris que tu t’envoyais en l’air avec Kae, c’est vrai ?

La respiration coupée.

-         Oui.

-         Mais… tu l’aimes ?

Il aurait dû répondre directement. Dans sa tête c’était clair. Mais de ses lèvres, gicla la réponse inverse.

-         Non.

Ses lèvres douces caressèrent les siennes, une tendre étreinte d’amour, si chaleureuse et différente. Ses mains prennent son visage, alors que leur langues s’unissent dans un ballet effréné, les caresses descendent, faisant monter l’envie. Il l’étend lentement sur le sol, déviant ses baisers dans son cou, cueillant ses seins entre ses mains avides. Il fallait se décharger.

Mais les mots résonnent, encore, ce regard est ancré.

Une morsure, un gémissement, et il se sent poussé en arrière. Le regard de la femme qu’il aime est malicieux, elle se mordit la lèvre inférieure, commençant à caresser avec envie son torse, lui enlevant les vêtements qu’il venait de mettre. Et sa langue joue sur sa peau, insatiable, descend toujours plus, jusqu’à son nombril. Ses mains expérimentées défont la boucle de sa ceinture et Syde la regarde, un sourire satisfait aux lèvres. Les sensations puissantes l’envahissent et son sexe se durcit lorsque la langue humide de sa belle s’amuse.

Ses mains caressent ses seins, les léchant goulument, c’est doux, il n’y a rien d’autre de vrai. Il entre en elle, la violence du plaisir augmente, il est fait pour ça. Mais dans sa tête, il y a des yeux verts qui le dévisagent.

Un coup puissant, surprenant, un gémissement douloureux, mêlé de plaisir et Syde se réveille, reprenant son rythme plus lent, savourant le plaisir.

Elle crie, lui griffe le dos, c’est bon, il se sent venir. Son corps en sueur atteint l’orgasme…

-         K… Kae…

C’était quoi ça ? Le regard outré de sa moitié lui fait immédiatement comprendre le degré de sa connerie monumentale. Elle se débat et se retire, profère des mots qui lui volent au-dessus de la tête. Il n’essaya même pas de la retenir au moment où elle quitte l’appartement en claquant la porte. Il reste là, assis au milieu de la pièce, le regard perdu dans le vague. Quel…

Et le mur, qui n’avait rien demandé à personne, se ramassa la fureur et la frustration du jeune homme.

 

~°°~

 

-         Je pense que tu peux l’enlever. C’est fini maintenant.

-         Je sais pas trop… C’est comme s’il gardait mes souvenirs.

-         T’es pas obligé de garder toute cette horreur là. C’est normal d’oublier avec le temps. Tu crois pas ?

-         Mh… Je l’enlève mais ne le jette pas.

 

Une croix, finement travaillée, de l’orfèvrerie de haute gamme, ornée d’ailes resplendissantes d’or blanc. L’une des deux tombait, visiblement brisée. Une chaîne d’argent entourait la croix, l’emprisonnant du reste du monde. Cela représentait son âme. Il avait perdu quelque chose. Cet artéfact l’avait suivit durant toute l’horreur de la catastrophe, l’enlever, c’est dire oui au bonheur et à une vie nouvelle.

 

Lentement, ses yeux s’ouvrent. Pourquoi avait-il pensé à ça ? Ah, oui, ce collier, ce symbole de mort que Kae portait tous les jours comme une chaîne pour lui rappeler le monstre qu’il avait été. Elle était là, cette croix aux ailes d’ange brisées. Juste dans le tiroir. Et la chaine en argent coula entre ses doigts. Bizarre. Il y avait trop de silence aujourd’hui dans l’appartement. Et pourquoi Kae n’était-il pas venu squatter son lit cette nuit ? D’un geste lent, il se souleva, amena son corps dans la chambre juste à côté. Quelle heure était-il ? Onze et demi. Tard, beaucoup trop tard pour aller travailler. Le lit de son colocataire était fait, impeccable. Il avait du aller en cours… mais quelque chose clochait. Ses yeux bruns s’attardèrent sur la table de chevet. Une clé. Celle de l’appartement ? Et là, les souvenirs ressurgirent. Il ouvrit brutalement l’armoire. Mais où étaient le nombre incalculable de vêtements noirs ? Les tiroirs, les bouquins, il n’y avait plus rien. Il était vraiment venu ramasser ses affaires. Il était vraiment partit. Bon, voilà, c’était fini. Syde alluma une cigarette. Il pouvait enfin faire ce qu’il voulait chez lui. Manger à pas d’heures, flemmer toute la journée, amener qui il voulait. Il n’aurait même plus droit à ce regard profond et sublime, ce regard émeraude séduisant et provocateur. Enfin débarrassé. Retournant dans sa chambre, il se laissa tomber dans le lit et décida de ne plus bouger. Le silence était parfait. Reposant… pesant.

Et les heures se succédèrent. Il s’ennuyait à mourir. Et il ressentait comme… un manque, une absence. Il était seul. Seul. Et ses yeux caressèrent à nouveau la croix. Il était enfin débarrassé de cet emmerdeur.

-         Hey, Syde, tu m’aides s’il te plait ? J’arrive pas à buter cet enfoiré…

-         Quelle vulgarité, tu joues à quoi ?

-         FFXII… Le boss arrive toujours à avoir ma peau à la fin, c’est déprimant.

-         T’es vraiment nul, ramène-toi.

Un sourire enfantin, et c’était tout ce qu’il semblait attendre. Il se calle contre son torse et le laisse manipuler la console.

 

Pourquoi pensait-il à ça ?

 

-         Hey, tu fous quoi là toi ?

-         Syde, j’arrivais pas à dormir alors je viens squatter ton lit.

-         Faut surtout pas demander ma permission…

-         Si tu accepte, je fais ce que tu veux.

Il tire la langue et se redresse, penche la tête et descend doucement vers son nombril, comme un gamin qui joue.

 

Merde, pourquoi ces images reviennent ?

 

-         Tu pourrais jouer quelque chose ?

-         Tu t’ennuies toi ?

-         Pourquoi tu réponds à ma question par une autre ?

-         Tu fais la même chose…

Et une mélodie qui se lève, sa tête se pose sur ses genoux et il écoute attentivement. Une douce berceuse et Syde sait qu’il adore ce morceau.

 

Il se leva, poussant un grognement ennuyé, la cuisine, il irait se faire un café.

 

-         J’y comprends rien Kae…

-         Il n’y a rien à comprendre aux femmes, laisse couler, ça va s’arranger.

Kae le prend dans ses bras et le console. Il sait qu’il lui fait du mal, mais lui, lui il est là.

 

Il a toujours été là pour essayer de lui faire oublier. Il s’est occupé de lui quand son moral se cassait. Pendant quoi, cinq mois ? Cinq mois déjà que Syde s’amusait avec ses nerfs. Il avait bien tenu, le gamin.

 

Le temps passait, comme un fleuve en pleine crue, les jours se succédèrent à un rythme effrayant. Les souvenirs se sont tus et la vie recommence. Il n’eu plus de nouvelles de son ancien colocataire. Trois mois ont volé dans l’immensité de la vie. C’était quoi, trois mois ? Rien. Une broutille, juste des miettes dans une vie. Mais il y avait toujours cette croix sur sa table de chevet qu’il n’avait pas encore jeté. Le boulot, bah, la routine, rien de bien nouveau, et avec lui, les relations qui se succèdent. La vie reprend ses droits. Le vide s’enterre doucement mais est toujours là. Il n’aurait pas pensé que se débarrasser de son jouet allait lui peser. Aussi longtemps évidemment. Pas qu’il ressente quoi que ce soit. Non, juste que les habitudes sont dures à tuer. Et puis, un jour, comme si le hasard ne voulait pas qu’il oublie, le son d’une voix familière délaissa quelques notes au creux de son oreille. Pourquoi son cœur avait-il fait un bond pareil ? Comment se faisait-il que parmi tout le tumulte de la rue, seule cette voix avait franchi les limites de son cerveau ? Et là, sur une terrasse, sans le vouloir évidemment, ses pieds l’avaient forcé à s’y rendre. Là, assis à une table, ses yeux aperçurent une seule personne. Ce n’était que du hasard, n’est-ce pas ? Pourquoi son estomac semblait devenir aussi lourd que du plomb ? Il n’avait même pas mangé…

Il était assis, tranquillement, une tasse entre les mains, des yeux…. Ces yeux ! Il le reconnu immédiatement, le masque qu’il portait. Ce sourire poli, ces yeux rieurs, envoutants, avec cette pointe de ténèbres insondables qui obligeaient son interlocuteur à baisser la tête. C’était comme sur ce toit, il y a tellement longtemps. Et le jeune homme en face de lui n’y voyait que du feu.

Les gens passaient à côté de lui, il était invisible à ses yeux. Il suivit ce corps qui, discrètement, bougea. Les pupilles brunes du jeune homme cillèrent. Il lui faisait du pied ? Et alors, se maudit-il. C’était normal mais alors merde, pourquoi cette vague de tristesse ? Secouant la tête, il vit que le noiraud assis en face de Kae rougissait, mal à l’aise. Et son ex-colocataire se pencha vers lui, lui murmurant quelque chose à l’oreille avant de se lever, attendant qu’il le suive.

Il l’avait remplacé, semblait-il. Ce qui paraissait logique, oui après trois mois, il était normal qu’il refasse sa vie… Mais pas avec un homme !

 

-         Tien, Kae, tu joues la fille maintenant ?

-         Syde chan, je te vois mal passif et dis-toi que c’est un honneur.

Encore un souvenir ?

-         Mais oui, un honneur et pourquoi ?

-         Parce que je n’ai jamais joué ce rôle avec le peu d’hommes que j’ai connu.

Un bref rire, il se moque de lui et le fait enrager.

-         Je suis sérieux, Syde.

-         Et pourquoi moi ?

-         Parce que tu me plais et que j’aime ta brutalité.

Il lui tire la langue et ce sourire moqueur, il ne sait pas s’il doit le prendre au sérieux.

-         C’est bon de te sentir en moi, Syde chan. Tu veux que j’y fasse quoi si j’aime ?

-         Mais ta gueule…

 

Comment il va lui faire l’amour à ce type ? Et pourquoi il doit se poser cette question ? Il est con ou quoi ?

Pourquoi il bouge maintenant ? Pourquoi son corps a-t-il attrapé son poignet ? Pourquoi, pourquoi ?!

-         Kae…

Il le regarda et dans ses yeux se mêlèrent stupéfaction et colère. Mais soucieux de faire bonne figure, il embrassa son « ami » et le congédia. Pour lui faire face.

-         Salut.

Le noiraud n’avait prononcé que ce mot, et il eu droit à quelque chose de pire qu’à son arrogance : l’indifférence. La plus totale et compète, le froid glacial d’une blessure encore largement ouverte.

Que faisait-il avec cet homme ? Où allaient-ils aller ? Chez lui ? Merde.

Cela ne le regardait plus. Fini, c’était fini. Bordel alors pourquoi… ce vide ? Merde !

-         Ça fait longtemps, tu vas bien ?

Sa voix, grave, sensuelle, cette politesse qui sonnait faux, tellement faux. Il aurait préféré qu’il se dégage avec force, qu’il le repousse ou l’insulte. Mais pas ce froid, pas cette indifférence !

 

-                         Syde, tu sais très bien que je t’aime. Je n’aimerais personne d’autre que toi.

Menteur.

-                         Baaka ! C’est toi que j’aime !

Hypocrite.

-                         Je t’aime. Sincèrement.

Enfoiré de putain de menteur !

-                         Je ne pourrais aimer personne d’autre. Ça, je le sais.

 

Ses lèvres se retroussèrent. Il allait avaler ce vide immonde. Pourquoi ça le perforait à l’intérieur ? Pourquoi une réaction pareille ? Pourquoi Kae lui offrait le sourire qu’il donne habituellement aux inconnus ? Pourquoi avait-il tellement mal ?

 

-                         Si ça te dérange pas, j’allais rentrer, si tu n’as rien à me …

-                         Ça va, répondit-il comme un automate. Même si c’était faux.

-                         Menteur, lui murmura Kae, ces yeux émeraude puissants et ce sourire exclusivement réservés à lui.

-                         Et toi ?

-                         Ça va. Bien je dirais.

-                         Je vois que tu as trouvé quelqu’un…

-                         Bien sur, je n’allais pas t’attendre indéfiniment !

Il l’avait dit sur le ton de l’amusement, d’ailleurs, il ria. Un rire de gamin.

-                         Tu veux… boire quelque chose ? enchaîna Syde, pour changer de sujet.

-                         Bah, je suis fauché là, mais si tu veux je t’offre un truc à la maison ?

 

Il le suivit. Mais pas un mot ne fut échangé, il se contentait de le fixer. Et bizarrement, il se sentit comme avant, avant, il y a quelques mois. Plus d’ennui, plus cette angoisse au creux de l’estomac. Amis, amants, comme avant… Doucement, il se souvint de la réponse qu’il lui avait balancée lorsque le gamin aux yeux précieux devant lui avait enfin avoué ses sentiments…

« Le Maître a des sentiments pour son jouets ? Pas bien de mêler les sentiments…

-                         Quels sont les tiens alors ?

-                         Bah, disons… que j’aime un certain trou… »

Combien de fois l’avait-il blessé à en crever ?

C’était un studio, cette sorte de pièce multi-usage dont les étudiants avec peu de moyens pouvaient se payer. Et il était dans la cuisine, préparant un café. Tout semblait comme avant s’il le fixait, lui, uniquement lui.

-                         Alors, qu’est-ce que tu deviens ? demanda par pure politesse Kae, le dos tourné sur ses fourneaux.

-                         Toujours la même chose…

-                         Et avec ta copine ? Comment va ?

Un sourire amer, et il sorti une cigarette.

-                         Je peux fumer ?

-                         Non. Pas à l’intérieur.

-                         T’es toujours aussi chiant…

-                         Merci !

Comme avant, mais c’était fini bordel !

Il se leva doucement, son corps bougea tout seul. Et sans le vouloir, enfin… il se persuadait que c’était le cas, il se retrouva contre le noiraud. Kae ne réagit pas. Se contentant de poser ses mains sur le plan de travail et de pousser un long soupir, comme s’il s’y attendait, il ne réagit pas. Juste ce froid. Ecrasant.

Et Syde s’imposa à lui, avançant ses bras, collant son torse dans son dos pour lui couper toute échappatoire.

-                         On est plus ensemble, commença le rouquin.

-                         Ah ? Dommage, vous faisiez un beau couple.

Hypocrite.

-                         Tu veux savoir pourquoi ?

Chht, tais-toi et laisse-moi parler. Il enchaîna.

-                         Quand tu es parti, je lui ai fait l’amour.

Un frisson, il le vit crisper les doigts sur la tasse qu’il venait de sortir.

-                         Vraiment ? ironisa Kae. Evite les détails s’il te plait.

-                         Lorsque j’ai joui, c’est ton nom que j’ai prononcé.

Kae se pencha en avant, posant ses mains à plat devant lui, et ses épaules se voûtèrent. Pourquoi avait-il dit une chose pareille, peut-être pour…

-                         C’est ta façon de t’excuser j’imagine ? C’est pas un peu trop tard ?

Une pointe de colère, le masque s’effritait. Enfin, il cessait la comédie. Mais lui, il avait décidé de ne pas répondre. Posant doucement son front contre le crâne du noiraud, il patientait qu’il explose.

-                         J’ai un copain maintenant, je vois pas pourquoi tu…

-                         Vous êtes ensemble depuis combien de temps ? le coupa le rouquin.

-                         Trois mois.

 

Pincée d’agacement, lui qui se ventait de ne pas donner son corps au premier venu... Mais, attendez. Trois mois?

-                         Tu m’as fait poireauter plus que ça et tu te ventais de m’aimer je me trompe ? lança Syde.

-                         T’es vraiment con… c’est hallucinant.

-                         Quitte-le.

Ces mots avaient fusés de ses lèvres, il n’y avait pas réfléchit. C’était sortit tout seul. Mais pas de réponse.

-                         Sois encore à moi.

Il ne voyait pas son visage, et d’un geste brusque, attrapa ses cheveux et le tira en arrière, lui arrachant un léger gémissement.

Saupoudrer de violence, pour corser le tout…

-                         Et puis quoi encore ? souffla Kae, plantant cette saleté de regard glacial sur lui.

-                         On a oublié de préciser quelque chose la première fois. Sors avec moi.

-                         Ce serait moins amusant…

-                         Je risque de te faire mal, Kae chan.

-                         Pff, ridicule, tu dis ça à moi alors que j’adore ?

-                         Justement.

Kaerizaki pivota dans ses bras pour se retrouver en face de lui, un sourire amusé au coin des lèvres. Il l’attira contre son corps, attrapant son bassin, emprisonnant ses fesses entre ses mains et pencha la tête, haussant un sourcil.

-                         Ça risque d’être pénible pour toi. Si je suis à toi, tu devras t’occuper de moi, ne regarder que moi… murmura-t-il en prenant son visage entre ses mains pâles. Être fidèle, et me combler. Te sentiras-tu à la hauteur de la tâche ?

-                         Je t’ai supporté cinq mois. J’ai eu mon temps d’essai.

-                         Dis-le-moi.

-                         Pardon ?

-                         Je veux l’entendre, chuchota-t-il en s’approchant de ses lèvres.

Il se moquait de lui ? Syde devait l’avouer, il ne voulait plus de ce vide, il ne voulait pas cette solitude et ce manque, cette absence.

-                         Je t’aime.

-                         Ah bah voilà, s’exclama le noiraud en tapotant la tête du rouquin.

 

Depuis combien de temps n’avait-il pas vu ce sourire ? Il était… doux, extrêmement doux, d’une tendresse qu’il n’avait jamais soupçonnée. Le noiraud passa ses bras autour de son cou, et doucement il murmura quelque chose à son oreille et il cru… qu’il allait le tuer.

 

« J’ai gagné. »

C'est à ce moment là que la porte d'entrée explosa. Un homme fit son apparition. Ce n'était pas le petit brun effarouché du café. Mais un monstre. Il possédait des cheveux rouges, comme les siens. Mais sombres, lugubres. Un regard mortel, d'un bleu profond, abyssal. D'un geste blasé et violent, il balança ce qui ressemblait à un sac. Ce dernier s'écrasa avec un bruit sourd. Syde, par mécanisme défensif, se détacha de Kae, reprenant sa place sur la chaise des invités. L'homme pénétra dans la cuisine, lui adressant un regard assassin avant d'attraper son ancien amant par les cheveux. L'embrasser. Brutalement. Il cru que ses organes se liquéfiaient. Il vit un sourire sur les lèvres de Kaerizaki. Ce sourire. Celui qu'il lui avait réservé. Celui qui en disait long sur les sentiments dévastateurs qui lui rongeaient le cerveau. Il vit dans ses perles vertes un désir intense, plus brûlant et surtout... inconnu. Ce regard n'avait rien avoir avec le Kae qu'il connu.

- Je te présente Yukito. Mon amant. 

 

The End

 

Bonus ?